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Politique

L'IA, une "rupture" mais qui ne remplacera pas la relation médecin-patient (Jean-François Mattei)

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PARIS (TICsanté) - L'intelligence artificielle en médecine devient une aide à la décision indispensable pour les médecins et constitue une "rupture" dans les pratiques médicales, mais ne remplacera pas le médecin lui-même car la relation humaine avec le patient reste essentielle, a estimé le Pr Jean-François Mattei, nouveau président de l'Académie de médecine.

Le généticien, spécialiste de bioéthique et ancien ministre la santé, s'est exprimé le 21 janvier en ouverture de la séance inaugurale du bicentenaire de l'Académie nationale de médecine. Celle-ci a en effet été créée en 1820 par le roi Louis XVIII.

Parmi les nombreuses avancées actuelles qui modifient les pratiques médicales, il a choisi d'axer son propos sur l'intelligence artificielle (IA), une "innovation" qui selon lui pourrait "provoquer une véritable rupture médicale".

Depuis plusieurs années en effet, les études sur l'intérêt de systèmes d'intelligence artificielle pour le diagnostic de pathologies à partir de données biologiques ou d'imagerie se multiplient… mais on voit également apparaître des études évaluant des IA pour faire des diagnostics cliniques, note-t-on.

Les données de l'intelligence artificielle pourraient un jour "résumer la décision médicale" et "rendre contingente" la présence du médecin, a-t-il suggéré… pour mieux contrer cette idée avec différents arguments.

Avec l'accroissement massif des données, "la machine s'avère nécessaire pour assurer l'universalité des connaissances" mais elle n'est "pas douée de conscience, n'a pas la subjectivité, l’intentionnalité, l'autonomie de décision" d'un médecin. Elle "ne peut pas transgresser dans l'instant" les règles si la situation le nécessite.

Et elle "ne peut pas répondre de ses choix et de ses actes".

"La machine n'a pas de pensée créatrice". En fonction des informations qu'on lui a données, "elle délivre un savoir et fait des propositions conclusives, mais ces conclusions sont basées sur des études sur des groupes de patients" qui conduisent à créer artificiellement comme référence un "patient moyen". Or, "le médecin n'est jamais face à un patient moyen, qui n'a d'existence que virtuelle; il est toujours devant une personne dans sa singularité".

"Les algorithmes considèrent qu'à une question donnée il n'y a qu'une réponse." Il y a un "risque d'impasse".

Face à l’"excellence" de l'IA en matière de logique et de déduction, le Pr Mattei a mis en avant la capacité d’"émotion" de l'être humain, qui ne s'oppose pas au raisonnement mais le complète. "L'être humain est insurpassable dans son imprévisibilité" et la pensée complexe "est à la fois rationnelle et irrationnelle".

"La médecine demeure un art: un art de la complexité", dans lequel le colloque singulier reste central, qui a lieu entre le médecin avec son expérience, son intuition, son éthique, et le patient avec "son besoin de comprendre, sa mémoire, son histoire personnelle", une "personne inquiète qui souhaite être accompagnée dans le combat qu'elle s'apprête à livrer".

"Pour rencontrer le visage d'un patient et se sentir convoqué par sa souffrance, la machine ne remplacera pas le regard du médecin." Tout en étant une "aide précieuse à la décision", l'IA "ne remplacera pas la relation humaine". Elle doit donc "rester complémentaire et dépendante des choix humains".

Jean-François Mattei a rappelé que "certains plaident pour la création d'une instance garantissant la mise sur le marché des algorithmes" car l'utilisation d'un algorithme peut avoir des conséquences importantes sur la vie des gens et il n'y a pas de "garde-fou".

Une telle instance, qu'il a appelée aussi de ses voeux en suggérant d'introduire sa création en deuxième lecture du projet de loi de bioéthique, pourrait à la fois protéger la propriété intellectuelle et veiller à éviter les conséquences négatives de l'utilisation des algorithmes, a-t-il plaidé.

Ainsi, avec l'arrivée de l'intelligence artificielle en médecine, "la rupture est réelle, mais elle n'est que technologique", et la médecine en a connu d'autres qui ont bouleversé les pratiques, comme les rayons X. "La médecine reste dans la permanence", a conclu Jean-François Mattei.

François Boissier

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