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Systèmes d'information

Admissions et durées de séjour: un outil d'aide à la décision testé au GHT Novo (Val-d'Oise)

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PARIS (TICsanté) - Un outil d'aide à la décision pour la pertinence des admissions et des durées de séjour, développé par la start-up So-log et intégré au dossier patient informatisé (DPI), sera testé dans plusieurs services du groupement hospitalier de territoire (GHT) Nord Ouest Vexin Val-d'Oise (Novo) à partir de 2020, a indiqué à APMnews (site d'information du groupe APM International dont fait partie TICsanté), Edouard Devaud, cofondateur de la start-up et président de la commission médicale d'établissement (CME) de l'hôpital de Pontoise.

So-log, domiciliée à Bordeaux, a été créée en 2015 par Edouard Devaud, qui n'était pas encore président de la CME du CH de Pontoise (établissement support du GHT) mais y travaillait comme praticien en médecine interne et infectiologie depuis 1997, et par un informaticien, Souvanxay Sphabmixay.

"Depuis que j’exerce la médecine, je me rends compte qu’il y a de gros problèmes d’organisation et de flux de patients et que l’une des solutions, c’est la pertinence", a relaté Edouard Devaud lors d'un entretien à APMnews (site d'information du groupe APM International dont fait partie TICsanté), en estimant à partir d'enquêtes locales à environ 30% les admissions et journées d'hospitalisation non pertinentes chaque jour.

Pour lui, réduire la non-pertinence doit permettre de "dégager du capacitaire obstrué", d’améliorer la qualité de prise en charge des patients en diminuant les durées de séjour et donc la morbidité liée au séjour.

Alors que le sujet de la pertinence est mis sur la table depuis plusieurs années, il estime qu'au moment de la création de sa start-up, la seule solution existante, proposée par la société canadienne Medworxx, n'était pas adaptée du fait de critères de raisonnement très anglo-saxons et de l'obligation de remplir un logiciel supplémentaire.

Souvanxay Sphabmixay s'est alors lancé dans l'élaboration de moteurs de règles à partir des critères de pertinence pour les admissions et les journées d'hospitalisation de la Haute autorité de santé (HAS), fondés sur la version française de l’Appropriateness Evaluation Protocol (AEPf).

L'idée était d'intégrer l'outil directement au DPI afin qu'il soit "quasiment invisible" pour les praticiens et que son remplissage ne leur demande pas de temps supplémentaire.

"Au fur et à mesure que le praticien enrichit le dossier médical, il y a un nuage de mots dans certaines cases du DPI qui s’organise" et "au moment où le praticien va valider son dossier", le moteur d’analyse lui indique si l'hospitalisation est ou non pertinente sur la base des critères renseignés, a expliqué Edouard Devaud. "Le praticien reste maître de sa décision, c’est une aide à la décision."

De même pour les journées d’hospitalisation, si la durée moyenne de séjour (DMS) pour la pathologie est atteinte, l'outil analyse les données fournies, cherche des raisons au fait que le malade reste (attente d'examen d'imagerie...) et indique s'il est pertinent ou non de garder le patient hospitalisé.

Les cofondateurs ont néanmoins prévu la possibilité de ne pas suivre l'avis en justifiant une hospitalisation ou une durée de séjour non pertinente. Le praticien voit apparaître le message de non-pertinence et il lui est demandé s’il veut justifier l'hospitalisation à partir d'une liste de critères.

"Nous avons fait un outil complètement paramétrable qui peut s’adapter aux règles internes des communautés médicales" et s'enrichir de résultats de groupes de travail sur la pertinence, a souligné Edouard Devaud.

L'outil, conçu de façon modulaire, portera tout d'abord sur la pertinence des admissions et celle des journées d’hospitalisation puis dans un 2e temps abordera la biologie (pertinence de l'examen et pertinence de la redondance des examens).

Un appui du GHT nécessaire

Seule, la start-up (7.000 € de capital) a toutes les chances de "se heurter à un mur" en allant "voir des gros mastodontes industriels" afin de leur présenter sa solution pour aider des médecins en termes de pertinence, a observé le directeur des établissements du GHT.

"Le poids de l’établissement public et surtout d’un GHT qui commence à avoir cette taille et [...] est en recherche d’un DPI pour le GHT complet, ça aide à ce que le PDG industriel de logiciels informatiques vous écoute et vous dise 'je peux peut-être vous aider à tenter une expérience'", a souligné Alexandre Aubert.

A l’occasion du passage en direction commune des 3 établissements du GHT, il a en effet été décidé d’opter pour une solution numérique unique (contre 4 auparavant pour le DPI), ce qui donnait du poids dans les négociations, a renchéri Edouard Devaud.

En 2017, DXCare de Dedalus France (ex-Medasys) a été choisi par le GHT.

L'outil de So-log a été testé en mode autonome et installé en août 2019 sur les serveurs. Les fondateurs corrigent encore des bugs et attendent désormais d'avoir un accès sur la base de production. "A priori début 2020, ça devrait être mis en place", a noté Edouard Devaud.

La solution sera d'abord installée aux urgences et dans l’unité d’aval des urgences de l'hôpital de Pontoise, dont Edouard Devaud est chef de service. Elle pourrait être déployée au groupe hospitalier Carnelle-Portes de l'Oise (GHCPO, Beaumont-sur-Oise, Saint-Martin du Tertre et Méru) au second semestre 2020.

En 2016, au moment où Alexandre Aubert est arrivé à la tête de l'hôpital de Pontoise, Edouard Devaud était prêt à partir dans le privé, estimant trop difficile de faire bouger l'hôpital, mais il a changé d'avis notamment en raison de l'écoute du nouveau directeur et du soutien à son projet, ont raconté les deux hospitaliers lors du congrès de la FHF Ile-de-France.

Pour le directeur d'hôpital, travailler avec un médecin de son établissement lui permettait de s'engager confiant dans le projet. Il faisait "coup double" car en même temps, il trouvait en interne la start-up qui pouvait l'aider et il devenait "attractif" pour le médecin.

La start-up, qui fait partie de l'incubateur Tech care, apporte par ailleurs son agilité et sa créativité. "L'hôpital est limité par son inertie et sa capacité de création est obérée par les intérêts intriqués qui l’empêchent d’avoir des prises de risques dans des investissements", a observé Edouard Devaud.

Pour So-log, l'hôpital de Pontoise est un terrain de développement et la start-up ne lui facture donc pas la solution. Elle est en discussion avec un autre établissement francilien pour y implanter sa solution.

Des réticences à lever

Le président de CME a indiqué que les chefs de pôle et les membres de la CME étaient favorables à l'outil mais qu'il pouvait y avoir des réticences en interne, notamment des urgentistes, car ils doivent faire sortir les patients sous leur responsabilité.

"Il faut montrer que le principe est gagnant-gagnant", qu'il y a un projet plus large que l'outil lui-même, a-t-il expliqué.

Pour lui, les urgentistes peuvent s'attendre Ă  trouver plus facilement des lits pour hospitaliser leurs patients parce que d'une part, il y aura moins de patients non pertinents dans les services et que d'autre part, ils auront eux-mĂŞmes moins de patients Ă  hospitaliser.

Les règles de pertinence sont déjà en vigueur dans son unité d'aval des urgences, créée en 2014, ce qui a permis de réduire les tensions capacitaires à l'exception de celles pouvant avoir lieu pendant les crises hivernales de manière très ciblée. Ces tensions sont plus fréquentes au GHCPO (urgences de Beaumont-sur-Oise), qui ne dispose pas d'unité d'aval des urgences.

Caroline Besnier

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