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Systèmes d'information

Entrepôts de données de santé: les CHU du Grand Est tendent vers un dispositif régional

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NANCY, METZ, STRASBOURG (TICsanté) - Dans le Grand Est, les CHU de Nancy, Metz-Thionville et Strasbourg oeuvrent à la mise en place de mêmes outils et à appliquer un protocole unique vis-à-vis du stockage et traitement de données de santé et, en attendant la naissance d'un entrepôt de données de santé (EDS) régional, chaque CHU installe le sien.

Depuis le 26 septembre, TICsanté propose chaque semaine un bilan des travaux engagés par les établissements de santé pour constituer des entrepôts de données hospitaliers à des fins de recherche, à partir d'entretiens réalisés auprès des équipes des CHU en charge de ces projets (lire dépêche du 25 septembre sur l'AP-HP, dépêche du 3 octobre sur le CHU de Nantes et le Grand Ouest et dépêche du 10 octobre sur l'AP-HM).

Dans leur démarche de transformation numérique, les CHU du Grand Est sont accompagnés par le groupement interrégional de recherche clinique et d'innovation de l'Est (Girci-Est), qui comprend notamment les délégations à la recherche clinique et à l’innovation (DRCI) des CHU de Besançon, Dijon, Nancy, Reims, Strasbourg et du CHR de Metz-Thionville, rappelle-t-on.

Comme partout ailleurs, les établissements de santé du Grand Est s'organisent aujourd'hui pour le stockage de leurs données et leur traitement.

"Depuis un an, nous réfléchissons avec le Girci-Est à un entrepôt de données de santé régional pour stocker nos données et nous positionner plus largement sur des projets nationaux comme le Health Data Hub. Mais pour l’instant notre projet n’est pas assez mûr pour permettre la naissance d'un EDS unique.

En attendant, nous travaillons à nous doter tous des mêmes outils et à appliquer le même protocole vis-à-vis du stockage et traitement de données de santé", a expliqué Jean-Christophe Calvo, chef du département territorial de la transformation numérique et de l’ingénierie biomédicale du CHU de Nancy.

Parallèlement, les CHU du Grand Est travaillent à la mise en place d'EDS locaux.

"Nous sommes tous parties prenantes dans cette démarche régionale, mais en premier lieu nous travaillons à la mise en place au niveau local d'un EDS dans chacun des CHU-CHR de la région. Notre centre hospitalier mais aussi les CHU de Besançon, Dijon, Nancy, Reims, Strasbourg sont concernés", a détaillé Mélisande Urcun, directrice adjointe des affaires médicales, de la recherche et de l'innovation du CHR de Metz-Thionville.

Dans le cadre de leur EDS local, chaque CHU-CHR du Grand Est a fait "le choix d’une solution éprouvée et visiblement fonctionnelle dans une autre région", ont précisé les hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) à TICsanté.

Michaël De Block, directeur du système d'information (DSI) du groupement hospitalier de territoire (GHT) Lorraine Nord et de son établissement support, le CHR de Metz-Thionville, a indiqué que les CHU-CHR du Grand Est avaient été "séduits" par la plateforme technologique "eHop", codéveloppée par le CHU de Rennes et Enovacom (filiale d'Orange Business Services) et choisie par les établissements du Grand Ouest.

"L'avantage est que la plupart des hôpitaux de la région est déjà équipée de solutions fournies par Enovacom pour gérer les flux et les messageries sécurisées notamment", a-t-il complété.

Technologiquement, Michaël De Block a expliqué: "Il n'y aura pas de tuyaux entre nos entrepôts. Chacun va gérer le sien dans son établissement mais quand nous souhaiterons lancer des études, chacun va faire des extractions dans son EDS, et via la plateforme choisie, les informations seront colligées pour avoir une étude complète".

Les établissements du Grand Est développent leur propre EDS avec plusieurs objectifs communs: assurer la maîtrise et le contrôle des données et définir une gouvernance en vue de leur réutilisation; répondre aux besoins d'analyse de données massives; organiser l'accès aux données dans le cadre de projets collaboratifs ou encore développer un axe "santé-environnement".

Des EDS effectifs en 2020

A Strasbourg, Nancy ou Metz-Thionville, les CHU-CHR déclinent la mise en oeuvre de leur EDS local pour leur permettre de "tourner" en 2020.

Ainsi, les HUS sont engagés dans la mise en place d’un entrepôt de données de santé avec l'ambition de gagner en "visibilité" afin de devenir "un acteur incontournable pour tout projet nécessitant l'exploration ou l’exploitation de ses données, qui doivent être traitées, expertisées, organisées, accessibles et transmissibles", ont-ils détaillé.

Pour y parvenir, les hôpitaux universitaires strasbourgeois insistent sur l'importance de la gouvernance, "LA brique initiale et fondatrice du projet d’entrepôt".

Un comité ad hoc a été mis en place, dans le cadre d’un projet financé par l’appel "Santé numérique" par le CNRS et l'Inserm. "Cette approche transdisciplinaire mobilise les HUS mais aussi l’université de Strasbourg au travers de la participation de chercheurs de plusieurs composantes (sciences humaines, science des données et intelligence artificielle, droit, économie, épistémologie et philosophie)."

L’entrepôt de données est ainsi régulièrement alimenté par de nouvelles données et enrichi par l’ouverture de nouveaux flux qui sont en cours de "cartographisation". Les flux de base permettront l’accès au dossier médical informatisé, au serveur de résultats d’examens biologiques et aux comptes rendus d’examens complémentaires en forme textuelle (explorations fonctionnelles, anatomopathologie, …).

La version initiale de l’entrepôt strasbourgeois chargera de 3 à 4 téraoctets de données et les données ajoutées représenteront environ 300 gigaoctets par an.

"Différents projets ont déjà été menés sur des maquettes initiales de l’entrepôt", a précisé l'établissement, allant de la prévention de la chute chez la personne âgée hospitalisée, à l'aide au codage PMSI, la validation pharmaceutique, les thèses d’exercice (AVC et pollution, prévalence de l’insuffisance rénale chronique et ses effets sur la durée d’hospitalisation et la mortalité intra-hospitalière), ou des mémoires de master (règles d’association entre prescriptions médicamenteuses et maladies).

Au CHU de Nancy, l'EDS "n’est pas uniquement destiné à faire de la recherche", a souligné Jean-Christophe Calvo. "Il contient des données médico-administratives, des données patients, les activités des professionnels, les données relatives aux coûts salariaux... L’idée est, qu’à partir de ces données, nous puissions faire du pilotage médico-économique. Ces données, peuvent, évidemment être aussi extraites pour constituer des cohortes".

L'EDS contiendra 8 téraoctets de données correspondant à l'activité des six dernières années du CHU. "Nous réfléchissons à externaliser l’hébergement de données 'mortes', sans grand intérêt", a-t-il précisé.

Du côté de sa mise en oeuvre, le projet d’EDS à Nancy devrait accélérer "à la fin de l’année pour tourner début 2020". Ses serveurs seront, eux, effectifs en juin 2020. La construction d'un nouveau datacenter est prévue en partenariat avec l’université de Lorraine et la métropole de Nancy.

Pourront y accéder les professionnels de santé, les chercheurs, les cadres administratifs des hôpitaux. "Nous ne fermons pas la porte aux industriels, si leurs projets entrent dans le cadre de la valorisation des données", a ajouté Jean-Christophe Calvo.

A Metz-Thionville, Michaël De Block espère aussi "démarrer au plus vite en 2020". L'EDS messin accueillera "quelques centaines de gigaoctets" et la question des profils habilités à accéder à l'EDS, n'a, elle, pas encore été tranchée.

"Concernant les usages, nous avons déjà identifié une importante composante recherche mais ne souhaitons pas circonscrire l'EDS à la recherche uniquement, il pourrait permettre d'optimiser le codage des actes et aider au pilotage médico-économique", a complété Mélisande Urcun, directrice adjointe des affaires médicales, de la recherche et de l'innovation du CHR de Metz-Thionville.

Un investissement de 100.000 euros par le Girci-Est

Si chaque établissement investit à son échelle pour l'installation de son EDS, le Girsi-Est met à leur disposition 100.000 euros de fonds par établissement pour l’achat de la solution technologique commune, a-t-on appris auprès des CHU-CHR de Nancy et Metz-Thionville.

"La mise en oeuvre complète reviendra à un total compris entre 500.000 et 800.000 euros, pris en charge par les établissements de santé membres du projet. Nous avons également monté un dossier pour alléger le financement, il est entre les mains de la région. Cela représente des budgets importants mais ils sont nécessaires", a expliqué Jean-Christophe Calvo.

"J'ai un sentiment d'immense gâchis", a confié à TICsanté une source dans un hôpital du Grand Est. "La solution eHop coûtera entre 150.000 et 200.000 euros par établissement, à cela s'ajoute l'investissement local important pour chaque EDS, ces sommes auraient pu être utilisées pour un EDS régional unique plutôt que pour six EDS espacés de quelques centaines de kilomètres. Avec un grand EDS régional unique, nous aurions pu mieux répondre à des projets comme le Health Data Hub."

En attendant, les établissements du Grand Est travaillent ensemble à la demande d'autorisation de la Cnil pour mettre en oeuvre un traitement automatisé de données à caractère personnel ayant pour finalité un entrepôt de données de santé.

"Nous avons convenu d'y aller ensemble, au niveau du Girci-Est, c'est à intégrer au calendrier régional, une fois que la plateforme technologique sera montée", a confirmé Mélisande Urcun.

Wassinia Zirar
Wassinia.Zirar@apmnews.com
Raphael Moreaux
raphael.moreaux@apmnews.com
http://www.computer-engineering.fr/

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