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Acteurs

Ehpad et services à domicile: pour un "pack technologique" financé par l'assurance maladie

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PARIS (TICsanté) - Dans un rapport sur les nouvelles technologies et le grand âge publié en juillet, le délégué général de la Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), Jean-Pierre Aquino, et le conseiller stratégique à la Fédération hospitalière de France (FHF), Marc Bourquin, préconisent de faire financer par l'assurance maladie un "pack technologique" pour tous les établissements et services de soins pour personnes âgées

Ce rapport a été commandé par l'association France Silver Eco en mars.

Le président de l'association, Luc Broussy, avait alors estimé que l'un des chantiers prioritaires de la filière silver économie, relancée en octobre 2018 par la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, devait être la diffusion des innovations technologiques dans le secteur médico-social.

Lors de la présentation du rapport à la presse en juin dernier, il a relevé que les nouvelles technologies étaient "un impensé du rapport Libault", publié à la suite de la concertation grand âge et autonomie ouverte par la ministre en 2018.

"Le rôle de la filière, c'est d'intervenir sur les impensés des politiques publiques. C'est parce que ce sujet n'était pas abordé dans le rapport Libault -ce dont Dominique Libault convient, d'ailleurs- qu'on a voulu ce rapport", a précisé Luc Broussy.

"La première chose à affirmer", a soutenu Marc Bourquin devant les journalistes, "c'est que les nouvelles technologies ne sont pas une menace pour l'emploi ni un facteur de deshumanisation".

Jean-Pierre Aquino a complété, affirmant que l'âge et l'avancée en âge n'étaient pas des obstacles à l'utilisation des nouvelles technologies, même pour les personnes atteintes de troubles cognitifs, et même à l'inverse, qu'elles pouvaient favoriser la stimulation cognitive.

Marc Bourquin a également fait valoir "le continuum" existant entre qualité de vie des personnes âgées et qualité de vie au travail des professionnels, en soulignant que les nouvelles technologies permettaient de "concentrer l'activité des professionnels sur sa valeur ajoutée la plus forte, c'est-à-dire le lien relationnel avec la personne âgée", et que "le déploiement massif" des nouvelles technologies permettrait aussi "de favoriser l'attractivité des métiers", rendant le travail "plus agréable" et donnant le "signal qu'il s'agit de métiers d'avenir".

Un engagement nécessaire des pouvoirs publics

Les deux auteurs ont appelé à un "cercle vertueux", entre, premièrement, les personnes âgées, leurs aidants familiaux, et les professionnels, deuxièmement les chercheurs et enseignants, troisièmement les industriels, et quatrièmement les pouvoirs publics. "Tout ce petit monde doit travailler ensemble; c'est une coconception", a insisté Jean-Pierre Aquino.

Marc Bourquin a insisté sur un "impératif" éthique: "Les nouvelles technologies ne doivent pas être utilisées sans le consentement des personnes âgées, même si elles sont atteintes de troubles cognitifs". De plus, il faut toujours interroger "leur bon usage", leur adaptation et leur fiabilité. Et puis, a souligné Jean-Pierre Aquino, "il faut que les industriels partent des besoins, et pas de l'offre".

Au-delà de ces préalables, "il n'y aura pas de déploiement rapide des nouvelles technologies sans une appropriation collective de ces outils, et cela signifie qu'il faut des préconisations des pouvoirs publics sur l'obligation de prévoir des modalités", a affirmé Marc Bourquin.

Ainsi, les auteurs préconisent la mise en place d’un "pack technologique" dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), les unités de soins de longue durée (USLD), les résidences autonomie, les résidences services seniors et les services à domicile.

Ce "pack" passe par la définition d'un "socle commun de technologies", encore à définir a précisé Marc Bourquin, mais qui pourrait intégrer "quatre éléments de solutions", ainsi que résumé dans une synthèse du rapport:

  • "des outils domotiques pour maintenir l’autonomie: luminosité, volets, télévision, rails de transfert, fauteuils électriques, clés électroniques", etc.
  • "des dispositifs de 'levée de doute' en Ehpad comme à domicile: détection électronique des chutes, géolocalisation"
  • "des dispositifs de traçabilité et d’accès effectifs aux soins: dossiers patients informatisés et interopérables, télémédecine, verres connectés pour lutter contre la déshydratation, piluliers connectés pour assurer l’observance"
  • "des outils favorisant le lien social et luttant contre l’isolement et les troubles cognitifs: robots sociaux, serious games, réalité virtuelle".

Ce pack devra être financé par un "effort d’investissement supplémentaire", évalué à "5.000 euros par place soit 3,5 milliards d'euros sur les 10 ans qui viennent", "que les pouvoirs publics subventionneront à hauteur de moitié", a précisé Marc Bourquin.

Cette prise en charge à 50% correspond à "175 millions d’euros par an", provenant du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), du plan d'investissement de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) ou des conférences départementales des financeurs de la prévention de la perte d'autonomie, proposent les auteurs.

Un "référent technologie" dans tous les établissements et services

Ils préconisent d'abonder "parallèlement" le budget de fonctionnement des établissements et services "à hauteur de 600 millions d’euros" pour financer un poste de "référent 'technologie'" (qui pourrait être partagé entre opérateurs) à raison de 0,5 équivalent temps plein (ETP) pour 100 lits ou places, "soit un coût de 170 millions d’euros pour l’ensemble des Ehpad, USLD, Ssiad [service de soins infirmiers à domicile]". Ils proposent aussi "d’intégrer progressivement des amortissements d’équipements dans les tarifs à hauteur de 625 euros par an, soit un renforcement du forfait soins de 430 millions d’euros".

Lors de la conférence de presse, ils ont insisté sur ce nécessaire "référent technologie", "un nouveau métier du grand âge", selon Marc Bourquin, et dont "la typologie n'est pas clairement définie; cela peut être un profil soignant ou technique, le jeu est ouvert", a encouragé Jean-Pierre Aquino.

"Il faut que ce référent soit financé dans le budget de l'établissement", a insisté le conseiller stratégique de la FHF. "Les nouvelles technologies [comme la télémédecine] permettent d'éviter des coûts hospitaliers et de médecine de ville, donc cet investissement doit être acté dans le budget des établissements", a-t-il poursuivi, espérant que cette mesure soit inscrite dans la future loi sur le grand âge et intégrée dans le PLFSS pour 2020.

Interrogés par APMnews (site d'information du groupe APM International dont fait partie TICsanté) sur un état des lieux de l'utilisation des nouvelles technologies dans les établissements et services médico-sociaux, les deux auteurs ont convenu qu'il n'existait pas un tel recensement. "Sur le terrain, il existe une grande diversité, certains établissements n'ont même pas le wifi et d'autres font des galops à la technologie", a commenté Jean-Pierre Aquino.

Structurer les acteurs économiques

Le président de France Silver Eco, Luc Broussy, a souligné que la filière allait porter ces propositions auprès du ministère et des parlementaires, ainsi que la "petite musique qu'il est intolérable de penser les 10 prochaines années sans mettre au coeur de la réflexion les évolutions technologiques et numériques".

"Nous, filière silver économie, voulons tordre le coup à tout technoscepticisme", a-t-il insisté. "Il faut qu'on culpabilise tout le monde en disant que ce n'est plus normal que des politiques d'accompagnement du grand âge se fassent sans penser" aux nouvelles technologies, "sans penser que tout cet apport va apporter du plus et du mieux, au service de l'humain".

Il a souligné qu'aujourd'hui, seuls 8% de l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) étaient consacrés aux aides techniques: "Ce n'est juste pas possible", a-t-il affirmé.

Par ailleurs, il a reconnu avoir "une autre mission, compliquée", celle de structurer les acteurs économiques de la filière, caractérisés par "un émiettement, une atomisation extrêmes de l'offre".

"C'est peut-être aussi en s'appuyant sur les propositions Aquino-Bourquin qu'on va pouvoir structurer l'offre", a-t-il émis. "Quand on a des appels à projets émanant des conférences départementales des financeurs, cela veut dire que vous avez 100 appels à projets différents sur plein de sujets différents...", a-t-il commenté. "Cela n'encourage pas la structuration d'un tissu" économique.

Rapport "Les innovations numériques et technologiques dans les établissements et services pour personnes âgées"

Valérie Lespez
valerie.lespez@apmnews.com

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