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E-santé

CES 2019: "Les hôpitaux manquent de moyens pour se projeter dans l'innovation" (Orange Healthcare)

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PARIS (TICsanté) - Si le Consumer Electronics Show (CES) est une bonne vitrine des opportunités offertes par les technologies de santé connectée, "l'informatisation 'basique'" des hôpitaux est toujours en cours en France, et les structures de santé manquent encore de moyens pour "se projeter dans l'innovation", a estimé Rémy Choquet, directeur de l'innovation d'Orange Healthcare, dans un entretien à TICsanté.

Les sites d'information du groupe APM international couvrent le CES en direct de Las Vegas. Suivez l'actu santé de l'événement sur APMnews et sur nos sites spécialisés et leurs comptes Twitter TICsanté et TICpharma.

TICsanté.com: L'édition 2019 du CES se tient du 8 au 11 janvier à Las Vegas. Est-ce un évènement que vous suivez pour Orange Healthcare?

Rémy Choquet: Le CES est un salon plutôt orienté grand public. Cependant, la filiale spécialisée en e-santé d’Orange Business Services sera présente cette année pour présenter des solutions autour de l’exploitation des données de santé hospitalières, avec Enovacom.

On commence à y voir de beaux projets d'e-santé, comme le lancement l'an dernier d'une application e-santé par La Poste ou la start-up PKvitality, qui a été récompensée en 2017 pour sa montre connectée permettant de mesurer le taux de glucose. Les entreprises vont surtout au CES pour avoir une visibilité auprès du grand public, et pas forcément pour s'adresser aux opérateurs de santé.

De plus en plus de start-up de la santé connectée se lance dans des validations cliniques de leurs produits ou services, et visent un marquage en tant que dispositif médical. Est-ce un signe de maturité?

R.C.: La question est de savoir si elles s'engagent sur cette voie parce qu'elles ont un dispositif modifiant la prise en charge, ou s'il s'agit de viser une prise en charge financière, le marquage CE pouvant faciliter le remboursement. Beaucoup de personnes se lancent dans l'e-santé en se disant qu'elles vont pouvoir changer la donne, et qu'elles vont y trouver un eldorado.

Ce n'est malheureusement pas si simple: il faut être capable d’évaluer son innovation, parfois cliniquement, son impact, ses risques, l'intégrer dans un système de soins, trouver un payeur et surtout, il faut que cela apporte une valeur ajoutée au professionnel de santé et/ou au patient. Et il n'y pas tant de façon de le montrer: cela doit passer par une étude médico-économique et/ou une évaluation du service médical rendu (SMR). Le chemin de l’accès au marché peut donc être (très) long.

Comment expliquer le fossé qui peut exister entre les prouesses technologiques exposées au CES et la réalité de terrain en termes d'outillage des professionnels et établissements de santé?

R.C.: La difficulté à appréhender les impacts d'une innovation sur le système de soins peut être une raison. Mais il y aussi un problème de dette technologique des hôpitaux en France. Le CES est une vitrine d'innovations qui peuvent être une réalité outre-Atlantique, mais qui ne pourront pas l'être aussi simplement chez nous, car les Etats-Unis investissent deux à trois fois plus que nous dans la digitalisation des hôpitaux. Une technologie ne vit pas seule: il faut pouvoir la tester pour qu'elle s'intègre à un système d'information hospitalier (SIH) et aux usages.

Il faut avoir du temps et des moyens humains et financiers pour cela. En France, l'informatisation "basique" des hôpitaux est toujours en cours et nous ne disposons pas toujours d'un socle suffisamment solide pour que les établissements prennent le temps de se projeter dans l'innovation. Certains se mettent en ordre de bataille, mais ils le font à moyens quasiment constants: il faut donc trouver des poches de valeur probantes.

A-t-on réellement le temps d'attendre? Quel risque pourrait-il y avoir à se voir imposer des innovations développées ailleurs, aux Etats-Unis ou en Asie?

R.C.: Le sujet de fond est de savoir si l'on souhaite créer une filière du digital en santé en France et en Europe. Ne pas donner les moyens à l'hôpital d'intégrer et de travailler sur l'innovation, cela signifie qu'on ne permet pas à une industrie locale de se développer. Le problème que l'on constate globalement dans le domaine de la santé d'un point de vue industriel, c'est un manque de maturité du marché.

Ce n'est pas toujours évident d'investir pour fabriquer des objets digitaux sans connaître la réalité de l'achat ou du positionnement du produit, du fait d'une faiblesse de la demande. La question à se poser est de savoir si l'on souhaite être constructeurs de nos propres solutions digitales ou bien si l'on veut laisser de grands acteurs étrangers développer les outils, pour ensuite les adapter chez nous, sans avoir eu la chance de créer une filière industrielle française de la e-santé.

Le risque n'est-il pas aussi de voir partir nos pépites françaises à l'étranger?

R.C.: Il y a de très belles réussites françaises en santé connectée, comme Bioserenity, qui s'est développée en interface avec le monde médical et a pu profiter d'investissements. D'autres, comme Voluntis ou Cardiologs, ont dû partir aux Etats-Unis dès qu'il a été question d'accéder au marché, du fait de la taille du marché américain et de l'organisation différente du système de santé.

C'est un problème: on investit en France, les hôpitaux mettent la main à la pâte pour tester les innovations, et lorsqu'il s'agit de trouver des clients et de passer à l'échelle, on part ailleurs. Si l'on veut que l'innovation se construise et existe en France, il faut que l'acheteur achète. On peut se demander si l'Etat a bien pris la mesure de sa responsabilité sur ce sujet: sans achat, pas de filière industrielle et l’offre (start-up, TPE/PME, grands groupes) ne peut durablement exister.

Le gouvernement a multiplié les annonces sur le numérique en santé ces derniers mois, avec le plan "Ma santé 2022", la relance du dossier médical partagé (DMP), la création annoncée d'un Health Data Hub et le remboursement de droit commun de certains actes de télémédecine. Des raisons d'être optimiste?

R.C.: On ne peut que se féliciter de ces annonces qui vont dans le bon sens. Il faudra toutefois être vigilant à la captivité des développements pour et par la puissance publique, et à leur ouverture sur l'écosystème numérique. Si on ne fonctionne que par appel d'offre étatique, et qu'on n'"API-se" [créer des interfaces de programmation, ndlr] pas le DMP par exemple, on rend l'innovation autour du parcours patient très difficile. Sur un certain nombre de sujets, comme la digitalisation de premier niveau des hôpitaux, il faut qu’on accélère, en y intégrant de l’équipement pour des solutions d’entrepôts de données de santé, et ainsi permettre la mise en œuvre du Health Data Hub.

Globalement, on manque de lisibilité sur la stratégie mise en place en e-santé. On parle "bouquet de services numériques", mais qui va faire quoi? A quelle vitesse? Comment va s'opérer la mise en place de ce bouquet? Nous, industriels, avons besoin de lisibilité à cinq ans sur ces sujets pour mieux piloter l’investissement dans les solutions de demain.

Quid de la capacité actuelle des autorités de santé à évaluer un dispositif technologique?

R.C.: Il faudrait déjà résoudre le problème de la frontière entre un objet technologique dont on se servirait dans un cadre de sa santé et un dispositif médical, qui n'est pas encore claire et nette. Et lorsqu'il ne s'agit pas d'un dispositif médical, faut-il le réguler, le certifier, le labelliser? Une autre question est de savoir si la Haute autorité de santé (HAS) est suffisamment outillée pour évaluer ces dispositifs lorsqu'ils accèdent au marché. Je ne le pense pas.

On constate déjà les difficultés dans la surveillance de certains médicaments en vie réelle, après leur autorisation de mise sur le marché (AMM), pour faire remonter des données et assurer une surveillance continue. On peut aussi se demander si c'est à la HAS d'évaluer les dispositifs technologiques et d'assurer ce suivi en vie réelle post-AMM. Faudra-t-il un nouvel opérateur? Il y a probablement un sujet de modernisation technologique de nos autorités de surveillance sanitaire.

Quels sont, selon vous, les projets ou acteurs qui méritent de représenter l'excellence française en santé connectée au CES de Las Vegas?

R.C.: On peut citer Therapixel dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA) et de l'imagerie, la start-up Cardiologs, qui a développé sa plateforme web d'analyse des électrocardiogrammes, ou encore Dreem et son bandeau connecté pour le sommeil, qui commence à bien percer. Le CES est un bon endroit de visibilité généraliste auprès du grand public, ce qui peut être une tactique pour générer de la demande de façon indirecte, via les patients. Mais il faut se rappeler que l'organisation d'une structure de soins et le professionnel de santé doivent aussi s'y retrouver.

Si l'on décide d'informatiser la santé, il faut le faire à une vitesse qui permette de combler le retard et de donner de la respiration aux opérateurs de santé, pour qu'ils puissent ensuite réfléchir à la façon d'intégrer l'innovation.

Raphael Moreaux
raphael.moreaux@apmnews.com

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