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Expérimentations "article 51": le numérique pour valoriser la prise en charge orthopédique

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PARIS, 30 octobre 2018 (TICsanté) - Le projet "Valorisons l'orthopédie par la qualité de soins" (VOQS), retenu dans le cadre d'un appel à manifestation d'intérêt (AMI) sur les expérimentations prévues à l'article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2018, vise à améliorer l'évaluation et la valorisation de la prise en charge orthopédique grâce aux outils numériques, a expliqué à TICsanté Pascal Recchia, directeur général de Digikare et membre du collectif porteur du projet.

L'article 51 de la LFSS 2018 prévoit d'expérimenter de nouveaux modèles de financement pour des organisations innovantes en santé, pour une durée maximale de cinq ans, rappelle-t-on.

Le ministère des solidarités et de la santé et la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) ont lancé conjointement en mai dernier trois AMI pour participer aux travaux de coconstruction de modèles de financement innovant visant à financer des épisodes de soins chirurgicaux, à définir un intéressement collectif pour un groupement, et à forfaitiser la prise en charge en structure d'exercice coordonné.

Le projet VOQS rassemble 19 praticiens spécialisés dans la chirurgie du genou et de la hanche, un anesthésiste, l'éditeur d'outils numériques de santé Digikare, et plusieurs établissements de santé parmi lesquels le CHU de Toulouse, la polyclinique Aquitaine Santé Jean-Villar (Bruges, Gironde), la clinique de la Miotte (Belfort) et la clinique Saint-Odile (Haguenau, Bas-Rhin).

Dans un manifeste publié en ligne, les porteurs du projet militent pour une approche spécifique à la chirurgie orthopédique afin de viser "une adéquation entre modes d'organisation et modes de financement". "Un vrai suivi des patients est nécessaire, prospectif et pertinent, en réunissant des acteurs volontaires via l'innovation et la coconstruction d'un objectif d'amélioration continue", poursuivent-ils.

"Un parcours de soins connecté peut être source d'efficience, via la mesure d'indicateurs, en s'ouvrant à une évaluation par le patient lui-même", est-il ajouté.

Retenus dans le cadre de l'AMI sur le paiement à l'épisode de soins pour des prises en charge chirurgicales, trois représentants du projet VOQS vont participer d'ici la fin de l'année, aux côtés d'autres professionnels du terrain, à une dizaine de réunions au ministère de la santé afin de travailler à l'élaboration de cahier des charges encadrant ces expérimentations.

"L'assurance maladie s'est rendue compte que quelque chose ne va plus dans le chirurgie orthopédique: les épisodes de soins ne se terminent pas, on n'arrive pas assez bien à comprendre les différences de prise en charge, le fait qu'on prescrive, ou non, une prothèse de genou ou de hanche à un patient", a expliqué Pascal Recchia, directeur général de Digikare.

Créée en 2017, la start-up a développé un outil de télésuivi pré et post-opératoire des patients baptisé Orthense*. Pour l'heure, cet outil est utilisé pour suivre en France près de 400 patients opérés, mais il n'est pas pris en charge par la sécurité sociale, et son usage par les professionnels de santé n'est pas valorisé financièrement.

Faire de l'utilisation du numérique un acte de soin

"Il manque actuellement énormément d'informations et de données sur ces parcours de soins", a pointé Pascal Recchia, mettant en avant l'intérêt des outils numériques pour collecter les informations.

En recueillant régulièrement des retours des patients sur leur récupération post-chirurgie, le canal numérique constitue à la fois un dispositif de télésurveillance et un outil de remontée d'indicateurs sur la qualité des soins et du service rendu.

"Le numérique va produire des résultats très 'froids' et traçables. Il peut fournir des données pour construire des indicateurs comptables communs à tous les parcours, comme les taux de réadmission, le nombre de séances de kinésithérapie prescrites, mais aussi des indicateurs de qualité, sur l'autonomie du patient. Ce sont toutes ces informations qui vont permettre de valoriser financièrement la prise en charge, mais aussi de la formaliser", a détaillé le patron de Digikare.

L'opportunité offerte par l'article 51 de la LFSS 2018 serait de "considérer que l'utilisation d'un outil numérique puisse être un acte de soin professionnel", a-t-il relevé.

La logique serait donc de partager les gains économiques générés par une prise en charge et de valoriser son efficacité et sa qualité (moins de réhospitalisations, qualité de vie améliorée) dans le cadre d'un paiement mixte accompagnant la tarification classique d'un forfait prospectif, permettant de mieux rétribuer l'investissement des acteurs, dont les fournisseurs de services numériques.

Gain économique estimé à 8,3 millions d'euros

Les porteurs du projet VOQS ont estimé à 8,3 millions d'euros le montant d'économies permis par le projet si 20 chirurgiens expérimentateurs soignent 5.200 patients avec des parcours de soins connectés en orthopédie, pour un budget initial de 3 millions d'euros.

Ils ont obtenu ces chiffres en se fondant sur une étude médico-économique de la Cnam, publiée dans son rapport charges et produits 2017, évaluant à 100 millions d'euros le gain réalisé si 40% des séjours hospitaliers bénéficiaient d'une pratique de réhabilitation améliorée après chirurgie (RAAC).

Les cahiers des charges actuellement en construction avec le ministère de la santé devraient aboutir d'ici début 2019 à une définition plus précise du périmètre de l'épisode de soins et des indicateurs qui permettront de débloquer des financements forfaitaires. Pascal Recchia a comparé le modèle du cahier des charges attendus à ceux déjà publiés sur les expérimentations de financement de la télésurveillance du programme Etapes.

Sur le plan technologique, il a estimé que les deux principaux obstacles à lever concernaient le manque d'interopérabilité entre les systèmes d'information de santé, et le niveau de qualité des données renseignées lors de l'épisode de soins.

rm/gb

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