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Systèmes d'information

Télé-assistance entre centre 15 et Ehpad: le CHU de Nancy ouvre le dispositif au handicap

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(Par Valérie LESPEZ, aux universités d'été de l'Anap)

RENNES, 3 octobre 2017 (TICsanté) - Le dispositif de téléassistance entre le centre 15 du CHU de Nancy et 12 établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), mis en place progressivement depuis mars 2015, va être étendu au secteur du handicap, ont annoncé le 8 septembre le Dr Caroline Lejeune, urgentiste au CHU, et Corinne Roldo, directrice adjointe du CHU notamment chargée de la télémédecine.

Elles sont intervenues lors d'un atelier de retours d'expériences tenu dans le cadre des universités d'été de la performance en santé de l'Agence nationale d'appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap), organisées les 8 et 9 septembre à Rennes (voir dépêche du 11 septembre 2017).

Le Dr Caroline Lejeune a rappelé le constat qui a amené le CHU de Nancy à mener cette expérimentation. Au centre 15, "on a environ 3 appels par jour provenant d'un Ehpad. Les motifs d'appel les plus courants sont les chutes, les traumatismes, les dyspnées, et les troubles de conscience", a-t-elle expliqué.

"On s'est rendu compte que pour plus de 73% des régulateurs, les appels provenant des Ehpad posent des soucis. On a du mal à avoir des informations, ils ne répondent pas aux questions dont on a besoin pour prendre notre décision", a-t-elle souligné.

La télé-assistance déclenchée par le médecin régulateur

D'où le choix de mettre en place, depuis la régulation, un appui aux Ehpad. L'expérimentation a démarré avec 12 Ehpad, 5 inscrits dans le dispositif Paerpa (personnes âgées en risque de perte d'autonomie) et qui pratiquent déjà avec le CHU des téléconsultations gériatriques programmées (lire l'encadré ci-dessous), et les autres choisis sur le nombre d'appels passés au centre 15 sur une année: "Nous avons choisi ceux qui appelaient le plus", a-t-elle précisé.

Le dispositif a été lancé en mars 2016 auprès de 5 Ehpad, en juin auprès de 3 autres établissements, en septembre auprès de 2 autres. Reste le déploiement sur 2 Ehpad, a détaillé Caroline Lejeune. "Nous nous sommes déplacés dans tous les Ehpad choisis, pour présenter le dispositif, pour expliquer comment ça allait se passer. Et cela a créé beaucoup de liens" et permis à chacun de mieux comprendre les contraintes des uns et des autres, s'est-elle réjouie.

Elle a vanté "un dispositif simple et pratique pour tous", et "peu coûteux" avec une "procédure claire de déclenchement du dispositif". Pour rappel, la télé-assistance se fait à partir d'une tablette à la main de l'Ehpad, qui permet d'associer l'image (vidéos et photos) et le son, et de transmettre le dossier de liaison d'urgence (DLU), grâce à l'installation d'un logiciel.

L'application et le matériel sont fournis par le groupement de coopération sanitaire (GCS) Télésanté Lorraine. Le coût est d'environ 2.000 euros par Ehpad, pris en charge par le GCS et l'agence régionale de santé (ARS) Grand Est, dans le cadre de l'expérimentation, rappelle-t-on.

Comme avant, en cas de souci pour un résident, l'Ehpad contacte le 15, et "c'est le médecin régulateur qui demande à déclencher une télémédecine s'il en ressent le besoin", a précisé Caroline Lejeune. Il est donc demandé aux personnels des Ehpad d'avoir la tablette à proximité avant d'appeler la régulation.

Un meilleur accès aux informations médicales

Un bilan complet va être réalisé en octobre, mais déjà, Caroline Lejeune a relevé "un nombre faible de déclenchements par les médecins régulateurs", soit 20 télé-assistances de juin 2016 à septembre 2017.

Cela dit, "70% des déclenchements ont permis d'éviter le transport du résident au service d'urgence", a-t-elle assuré, soulignant donc "une certaine efficience". Par ailleurs, "plus de 50% des patients transportés aux urgences ne sont pas hospitalisés", a-t-elle ajouté.

Elle a aussi évoqué "quelques difficultés rencontrées par les professionnels des Ehpad". "Pas mal de télé-assistances n'ont pas pu être faites car il y avait une certaine appréhension" de la part du personnel d'Ehpad, ou parce que la batterie de la tablette était déchargée, le code d'accès avait été oublié, ou la tablette était restée à l'étage... "C'est la situation d'urgence qui fait que" les personnels peuvent être paniqués, a-t-elle fait remarquer.

"Il faut retourner voir les Ehpad, reformer, pour que ça rentre dans les habitudes", a-t-elle reconnu. Elle a néanmoins relevé "un retour positif et un réel intérêt des équipes".

"L'ensemble des médecins régulateurs considèrent que le dispositif peut apporter des éléments nécessaires à la prise de décision notamment pour les pathologies traumatologiques, la somnolence ou l'inconscience, les dyspnées", a-t-elle souligné.

Remarquant que les familles et les résidents avaient bien accepté le dispositif, elle a aussi insisté sur un meilleur accès aux informations médicales du résident: "Même si on n'a pas eu énormément de télé-assistance, on se rend compte qu'on a vraiment de meilleures informations depuis qu'on a vu ces Ehpad. L'information est mieux transmise, le DLU est mis à jour, on a même quelques fois des directives anticipées, qu'on n'avait jamais avant", s'est-elle réjouie.

Ouvrir aux autres Ehpad du département

Caroline Lejeune a assuré qu'il y avait aujourd'hui "une forte demande" pour le dispositif.

Ainsi, dès "le mois d'octobre", la télé-assistance va être mise en place chez deux acteurs du monde du handicap, l'association AEIM, qui gère 35 établissements et services pour personnes handicapées en Meurthe-et-Moselle, et l'Office d'hygiène sociale (OHS). "On les a déjà rencontrés et on en est à la mise en place du matériel et à la formation", a précisé Corinne Roldo, qui a souligné que cette initiative avait été prise "à la demande de l'ARS".

"Il y a aussi une volonté d'équiper des Ehpad supplémentaires", a ajouté Caroline Lejeune. En Meurthe-et-Moselle, il y a environ 70 Ehpad, a-t-elle rappelé.

"Nous nous interrogeons aussi, pour avoir plus de télé-assistances, si nous ne devrions pas les déclencher systématiquement, pour les patients des Ehpad concernés. Cela nous permettrait d'avoir un peu plus d'utilisation, et le personnel serait peut-être plus à l'aise avec le dispositif", a-t-elle émis.

Elle a souligné qu'une thèse sur cette expérimentation était en cours, avec des critères d'évaluation comme le nombre d'hospitalisations et le nombre de transports vers les urgences, dans l'optique de "faire un avant-après". Mais "il faudra aussi évaluer la mortalité", a-t-elle ajouté.

En 4 ans, 300 téléconsultations gériatriques programmées
Depuis 2014, le CHU de Nancy propose aussi des consultations gériatriques programmées à 5 Ehpad, dans le cadre du dispositif Paerpa (personnes âgées en risque de perte d'autonomie), soit potentiellement pour 400 résidents.
Les téléconsultations gériatriques sont programmées tous les mardis matins entre le gériatre du CHU de Nancy et le résident, en présence du médecin coordonnateur et/ou d'une infirmière de l'Ehpad, avec accord du médecin traitant, grâce à un chariot de télémédecine mis à disposition de l'Ehpad, a expliqué Corinne Roldo.
"300 téléconsultations ont été réalisées depuis septembre 2014", a-t-elle ajouté.
Les motifs de recours aux téléconsultations, sur une couverture de l'ensemble de la pathologie gériatrique, sont les problèmes neuropsychiatriques (35%), les problèmes dermatologiques (30%), les avis concernant l'ordonnance du patient (25%), les aides à la prise en charge d'un patient en soins palliatifs (5%) ("autres motifs" pour 5%).
"Les motifs de recours sont ceux qu'on avait imaginés… peut-être moins l'avis sur l'ordonnance du patient, et c'est ce qui prend beaucoup d'essor", a-t-elle commenté. "Il y a là un vrai travail entre le médecin généraliste et le gériatre; c'est une proposition de réviser l'ordonnance, et la modification se fait par le médecin généraliste" a-t-elle tenu à préciser.
Le coût du chariot de téléconsultation est de 15.000 euros, a-t-elle précisé, pris en charge dans le cadre de Paerpa. Les consultations ne sont pour l'instant pas facturées, "mais on va y arriver", a-t-elle souligné.

vl/ab/

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