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Pr Thierry Moulin (SFT): "Nous entrons dans une approche plus académique de la télémédecine"

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PARIS, 1er décembre 2016 (TICsanté) - Après un long travail de pédagogie auprès des pouvoirs publics et des institutions de santé, la Société française de télémédecine (SFT) entend mettre en oeuvre une "approche plus académique et scientifique" de la télémédecine, a expliqué à TICsanté son président, le Pr Thierry Moulin, à la veille du neuvième congrès européen de la SFT à Paris.

Pr.Thierry Moulin (SFT)
TICsantĂ©: Le neuvième congrès europĂ©en de la SFT s'ouvre dans un contexte riche en actualitĂ©s avec le partenariat rĂ©cemment nouĂ© entre la SFT et la FĂ©dĂ©ration hospitalière de France (FHF) voir dĂ©pĂŞche du 21 novembre 2016 et l'extension des expĂ©rimentations prĂ©vues au sein du projet de loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale (PLFSS) pour 2017 voir dĂ©pĂŞche du 28 septembre 2016. Comment analysez-vous ces Ă©volutions ?

Pr Thierry Moulin: Nous vivons un tournant administratif et institutionnel central autour de la télémédecine. Les dernières mesures adoptées au sein du PLFSS [projet de loi de financement de la sécurité sociale] constituent des avancées, même si elles ne sont pas une fin en soi. Ces évolutions nous amènent à entrer dans une vision plus académique de la télémédecine, tout en poursuivant notre travail auprès des institutions, à l'instar des réflexions engagées avec la FHF sur la mise en place des groupements hospitaliers de territoire [GHT], dans lesquels la télémédecine sera une épine dorsale forte. La télémédecine est entrée dans les pratiques, il faut à présent évaluer ses impacts et comprendre comment elle s'inscrit dans les organisations.

Quels sont les champs de la tĂ©lĂ©mĂ©decine que vous souhaitez Ă©valuer ?

Nous voulons développer une approche scientifique du service médical rendu grâce à ces pratiques, à la fois du point de vue de chaque discipline, mais aussi à travers les dispositifs technologiques comme les objets connectés que nous souhaitons mieux évaluer. Il faut aussi mesurer les conséquences organisationnelles de la télémédecine, en lien avec les ordres de professionnels de santé. Dans le domaine des sciences humaines, nous travaillons à mesurer les impacts en termes juridiques, économiques, psychologiques, mais aussi sociologiques et éthiques.

Quels seront les moments forts du congrès organisĂ© jeudi 1er et vendredi 2 dĂ©cembre sur le campus Jussieu Ă  Paris ?

Nous allons d'abord faire le bilan des cinq priorités nationales en télémédecine définies en 2011, en recueillant les témoignages des sociétés savantes, et nous partagerons ensuite les clés du succès d'un projet de télémédecine. Nous avons voulu davantage ouvrir cette édition aux professionnels pour qu'ils montrent les avancées sur le terrain, en leur proposant des sessions de communication orales et l'affichage de posters. Pour la première fois nous donnerons la parole à un "grand témoin", le Dr Guy Vallancien, afin de prendre un peu de hauteur et comprendre dans quelle direction nous allons, avec les limites et les formidables changements que l'essor de la télémédecine et du numérique va provoquer.

Quels verrous faut-il encore lever en la matière ?

Les principaux verrous sont le financement et le cadre juridique à préciser de façon à éviter une marchandisation de la santé. On constate aujourd'hui les limites du décret de 2010 qui, même s'il a fourni un cadre aux pratiques de télémédecine, a pu maintenir le flou, notamment sur les différences entre téléconseil et téléconsultation par exemple.

Quel est selon vous le juste prix d'une tĂ©lĂ©consultation ?

Il faut que les pouvoirs publics comprennent qu'une consultation et une téléconsultation, c'est la même chose. Elles doivent donc être au même prix. Nous devons en finir avec les fantasmes de l'assurance maladie et de certains professionnels sur une explosion des dépenses de santé liée au remboursement des téléconsultations. Les outils qu'utilisera par exemple une infirmière dans le cadre d'une prise en charge à distance des plaies chroniques seront remboursés dans le cadre de son activité, tout comme l'étaient ses frais de déplacements en voiture. Il n'y a pas besoin de surfacturer la télémédecine parce qu'elle nécessite des outils spécifiques.

rm/ab

La RĂ©daction
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