http://www.computer-engineering.fr
07/06/2018   Envoyer par mail Imprimer   Aucun commentaire
Pour commenter cette dépêche Identifiez-vous

Cardiauvergne: le télésuivi de l'insuffisance cardiaque réduit la mortalité et les réhospitalisations

(Par Sylvie LAPOSTOLLE, à Hopipharm)

BORDEAUX, 7 juin 2018 (TICsanté) - Le dispositif Cardiauvergne de télésuivi des patients insuffisants cardiaques est "une expérience réussie", avec une baisse de la mortalité et des réhospitalisations, a rapporté sa responsable lors du congrès Hopipharm du Syndicat national des pharmaciens des établissements publics de santé (Synprefh), le 17 mai à Bordeaux.

L'une des sessions de ce congrès de pharmacie hospitalière s'est penchée sur l'apport des dispositifs médicaux connectés pour les patients et les pratiques médicales.

"Le télésuivi de l'insuffisance cardiaque est un des domaines les plus aboutis en France et en Europe avec le diabète", a noté le Dr Marie-Claire Boiteux, directrice médicale de Cardiauvergne, structure de coordination des soins de l'insuffisant cardiaque créée en 2012 avec un financement de l'agence régionale de santé (ARS) Auvergne.

La pathologie a été choisie car l'insuffisance cardiaque est une pathologie grave associée à une mortalité de 30% à un an et elle affecte plus d'un million de personnes en France. C'est la première cause d'hospitalisation chez les plus de 65 ans et elles sont nombreuses et coûteuses.

La télésurveillance est proposée au patient à sa sortie d'hôpital avant son retour à domicile. Elle utilise un outil très simple, une balance connectée (équipée d'un télétransmetteur) que le patient doit utiliser tous les jours, et parfois un tensiomètre. Les infirmières libérales qui rendent visite aux patients utilisent une application mobile (Cardimobile*) pour décrire l'état du patient (essoufflement, palpitations, constantes, et même du texte libre). Les données biologiques des laboratoires sont également transmises et le pharmacien d'officine renseigne le traitement dispensé par messagerie sécurisée.

Le système expert génère des alertes et des alarmes qui sont analysées par une plateforme de suivi des données opérationnelle 7 jours sur 7 (cellule de coordination). Les professionnels de santé sont contactés et organisent une hospitalisation si besoin sans passer par les urgences. La société Almerys héberge les données de santé de manière sécurisée.

Des résultats encourageants avaient été rapportés en 2014 par le Pr Jean Cassagnes du CHU de Clermont-Ferrand (voir dépêche du 16 mai 2014).

Le bilan à 6 ans montre que 1.609 patients ont été inclus sur le territoire, dont 51% venant du Puy-de-Dôme, 30% de l'Allier et seulement 9% de la Haute-Loire et 6% du Cantal. Au total, 3.574 professionnels de santé de proximité y adhèrent dont 944 médecins traitants. La population suivie est âgée (72 ans en moyenne), avec des patients souvent isolés (38%) et présentant des polypathologies (43%), a rapporté le Dr Boiteux.

Le déploiement s'est fait progressivement depuis 2012. Une enquête faite auprès des patients a montré qu'ils avaient peu de réserves et même qu'ils ne voulaient pas arrêter ce suivi. Le dispositif remporte un grand succès auprès des infirmières libérales car il leur permet de faire "leur vrai métier" et les pharmaciens d'officine sont très investis, notamment en éducation thérapeutique. Les médecins traitants apprécient cette coopération sur la prise en charge de l'insuffisance cardiaque et voudraient plus de formation.

Des économies générées

L'évaluation menée de 2011 à 2016 montre un taux de mortalité toutes causes après 6 mois de suivi (pour 1.190 patients) de 5,9% contre 16,9% dans la base PMSI 2013 et un taux de mortalité à un an (pour 1.084 patients) de 11,66% versus 25%.

Le taux de réhospitalisation pour poussée d'insuffisance cardiaque dans l'année suivant l'inclusion était de 12,38% contre 21,1% dans la base PMSI 2013. La durée moyenne de séjour était de 9,1 jours et le délai par rapport à l'inclusion de 237 jours. Les admissions via les urgences étaient évitées 8 fois sur 10.

En outre, une économie de 4.500 euros par an et par patient a été trouvée (gain estimé à 1,336 million d'euros), selon une étude médico-économique faite sur 246 patients en 2013.

"C'est une expérience réussie", a commenté le Dr Boiteux. Et au premier semestre 2017, sur 115 patients inclus et suivis, le taux de mortalité à 6 mois était encore plus faible à 6,08% et le taux de réhospitalisation de 7,83%.

"Cette expérience de télésuivi a créé du lien entre l'hôpital et la ville", a-t-elle ajouté.

"Nous sommes toujours en quête d'outils", a-t-elle indiqué. Pour réduire les problèmes d'observance, qui sont fréquents, des piluliers électroniques ont été testés sur une cinquantaine de patients mais "pour l'instant, c'est un échec". Des textiles instrumentés (avec des capteurs), permettant de transmettre un électrocardiogramme (ECG), ont donné grande satisfaction pour adapter le traitement par bêtabloquants, mais ils restent trop chers pour les proposer à tous les patients.

Le financement reste toujours un souci mais un financement via le fonds d'intervention régional (FIR) a pu être obtenu récemment pour trois ans (380.000 euros par an pour le fonctionnement), a indiqué à APMnews (site d'information du même groupe que TICsanté) le Dr Boiteux. Il est possible que le dispositif rejoigne les nouvelles modalités de financement de la télésurveillance, mais pas seulement car Cardiauvergne fait plus que le télésuivi, avec de la coordination de soins.

Une extension est prévue à d'autres pathologies chroniques. Le développement régional se poursuit avec l'objectif de créer des antennes périphériques pour inclure davantage de patients éloignés, notamment à Aurillac, située à 2h30 de route. Le Dr Boiteux se déplace à chaque inclusion. La cible est de 2.000 patients pour l'Auvergne et la file active est de 720 patients. Le déploiement commence aussi en Rhône-Alpes, dans le cadre de la nouvelle région. L'équipe a également été sollicitée par des maisons de retraite et y réfléchit.

Fiabilité très contestable de l'interprétation automatisée des ECG

Les dispositifs connectés nécessitent d'être qualifiés, comme l'a souligné le Pr Emmanuel Chazard du CHU de Lille, qui a présenté lors de cette session du congrès la télé-interprétation des ECG utilisée en pratique au Brésil pour répondre à l'absence de cardiologues dans des régions très vastes.

Pour faire face à la quantité d'ECG à lire par les cardiologues, vu le succès de cette pratique de télémédecine, la piste de l'interprétation automatisée a été explorée. Mais les logiciels disponibles, malgré les revendications des fabricants, sont très insuffisants quand les résultats sont comparés à ceux de l'analyse faite par les cardiologues, y compris pour seulement éliminer les ECG normaux.

Un intérêt a été trouvé pour "réordonner la file d'attente" des ECG à lire car les médecins généralistes qui les envoient ne savent pas bien identifier ceux qui relèvent de l'urgence, a rapporté le Pr Chazard. "On ne peut pas demander plus aujourd'hui à ces logiciels d'interprétation automatisée et il faut donc rester extrêmement méfiant envers les documents techniques" fournis, a-t-il estimé.

A Marseille, le Dr Jean-Charles Dufour (du Sesstim, de l'université Aix-Marseille et de l'hôpital La Timone -AP-HM) a mentionné le projet ApiAppS, qui a débuté en mars et vise à fournir une aide à la prescription individualisée d'applications et objets mobiles de santé.

Face à l'essor de ces technologies pléthoriques et à un usage disparate en pratique médicale, il paraît nécessaire de disposer d'un outil adapté pour les recommander ou les prescrire au bon moment, ainsi que pour appréhender la dimension psycho-sociale et l'impact de cette pratique de prescription d'applications dans la relation patient-médecin. Des évaluations en conditions simulées puis réelles seront faites pour arriver à une utilisation plus pertinente en médecine de ville.

sl/gb/ab/APMnews

Partagez cet article

Les dépêches liées à cette information
https://www.groupepsih.com/
http://www.web100t.fr
http://www.ticsante.com/show.php?page=inscription