Le CH de Bourg-en-Bresse fait appel aux technologies d'"eye-tracking" en réanimation

BOURG-EN-BRESSE, 3 décembre 2018 (TICsanté) - Le CH de Bourg-en-Bresse est le premier centre hospitalier non universitaire français à déployer dans son service de réanimation la technologie d'"eye-tracking", ou oculométrie, permettant aux patients intubés et immobilisés de communiquer avec l'équipe soignante par l'intermédiaire d'une tablette numérique, a expliqué à TICsanté le Dr Rémi Bruyère, médecin réanimateur à l'initiative du projet.

Utilisation de l'eye-tracking à Bourg-en-Bresse
Le service de réanimation du CH de Bourg-en-Bresse fait appel depuis 15 jours à deux tablettes numériques de la société Tobii Dynavox dotées d'un logiciel de communication et de barrettes de reconnaissance rétinienne permettant à l'utilisateur de naviguer dans l'interface et de déclencher certaines actions avec le mouvement de ses yeux.

Le patient peut fixer du regard certains pictogrammes correspondant à des besoins fondamentaux pour indiquer à l'équipe soignante qu'il a mal, faim, soif, ou peur, ou écrire un texte à partir d'un clavier à commande oculaire.

Cette technologie permet à l'équipe de réanimation de résoudre les problèmes de communication qu'elle peut rencontrer avec certains patients qui ne peuvent pas s'exprimer. "Auparavant, on utilisait des ardoises pour faire écrire les patients, mais on était vite limité dans les cas où le malade a perdu la motricité fine des doigts", a témoigné le Dr Bruyère.

Les soignants ont aussi l'habitude de poser des questions fermées, auxquelles le patient peut répondre oui ou non par des mouvements de la tête, mais il faut dans ce cas "poser les bonnes questions", au risque d'"agacer très vite" le malade si l'équipe médicale ne comprend pas ce qu'il souhaite exprimer.

Après avoir vu que l'oculométrie était utilisée depuis 2016 au CHU de Tours pour remédier à ces difficultés de communication, le Dr Bruyère a souhaité tester le dispositif dans son service de réanimation qui accueille chaque année plus de 900 patients, dont presque la moitié (410) sont intubés et 180 ne peuvent pas bouger.

"La technologie numérique nous permet ici de nous rapprocher de notre fonction primaire qu'est le soin et la compréhension des besoins du malade", a relevé le Dr Bruyère, ajoutant que l'équipe médicale et soignante a été "très séduite" par cet outil.

Avec le soutien de la direction générale, un financement mixte a été trouvé pour doter l'établissement de deux tablettes. Le coût total de 27.000 euros a été financé à hauteur de 20.000 euros par la Fondation MACSF (Mutuelle d'assurances du corps de santé français), le reste étant pris en charge par l'hôpital.

L'outil est actuellement proposé en priorité aux patients conscients, intubés ou trachéotomisés et qui ne peuvent pas bouger. Il peut rester en permanence dans une chambre, ou passer de chambre en chambre en fonction du nombre de patients concernés dans le service de réanimation.

Commander la tablette avec le regard "demande de la concentration et peut rapidement fatiguer le malade", ce qui conduit l'équipe soignante à proposer des "courtes séances" d'utilisation, a souligné le Dr Bruyère.

A terme, le médecin réanimateur souhaite que l'outil puisse être utilisé par les familles et proches des patients. Il aimerait également ajouter aux tablettes un accès à internet en wifi.

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