Santé connectée: "L'hôpital ne doit pas se transformer en simple fournisseur de données" (Martin Hirsch)

PARIS, 6 novembre 2018 (TICsanté) - Le directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a insisté le 26 octobre sur la nécessité, pour le secteur hospitalier, de "co-concevoir" des outils numériques de santé afin de ne pas "se transformer en simple fournisseur de données pour des applications qu'il subirait plus tard".

Martin Hirsch est intervenu aux 2es Rencontres de la santé connectée organisées par le centre de responsabilité santé connectée de l'hôpital Bichat (AP-HP), dans le cadre du diplôme universitaire de santé connectée ouvert en 2017 avec l'université Paris Diderot (voir dépêche du 20 avril 2018).

Il a exposé sa vision "schématique" de la révolution numérique dans le secteur de la santé, soulignant que dans le domaine hospitalier, "à peu près toutes nos décisions sont devenues numériques-dépendantes".

Il a distingué deux "phases" de la transformation technologique de la santé. La première phase n'a pas été une phase de rupture, a relevé Martin Hirsch. Elle a consisté à "mettre en oeuvre, grâce à l'outil numérique, ce qu'on pensait comme l'idéal du système de santé dans les années 1970". A cette époque, "on rêvait que l'hôpital travaille avec la ville, que le patient ait plus d'informations, que les services soient plus fluides", a-t-il énuméré.

Le numérique a permis d'appuyer ces ambitions avec le développement des services en ligne pour le paiement et la prise de rendez-vous, la transmission électronique des comptes rendus médicaux, ou la construction d'entrepôts de données de santé.

Si ces changements ont été "importants", ils se sont exprimés "dans un logiciel à peu près équivalent" en matière de conception du système de santé, a noté le directeur général de l'AP-HP.

Il a mis en avant la différence entre cette première étape et ce qu'il appelle la "phase 2" de la révolution numérique de la santé qui "s'amorce actuellement". Cette dernière "ouvre de nouveaux champs, potentiels et modes d'organisation qui vont, ceux-là, transformer profondément le système de santé", a-t-il précisé.

"L'exercice de la médecine et les outils à disposition vont être radicalement différents, donc les études vont complètement changer, les professions vont radicalement changer, et la possibilité pour le patient d'interagir localement, régionalement, nationalement, internationalement, va radicalement changer", a-t-il appuyé.

Martin Hirsch a également évoqué les nouveaux modèles de recherche clinique permis par le numérique. "Dans dix ou quinze ans, il y aura de moins en moins d'études pour lesquelles on fera des inclusions patient après patient, et beaucoup plus d'études où on commencera par prendre des informations dans les entrepôts de données de santé hospitaliers, dans les cohortes virtuelles de patients", a-t-il présagé.

Dans ce contexte, l'enjeu pour l'hôpital universitaire est de "ne pas être juste acheteur de ce qui se fait ailleurs", mais d'être "co-concepteur" des outils de la santé connectée.

Martin Hirsch a établi un parallèle entre la "révolution médicamenteuse" de la deuxième moitié du XXe siècle, qui a pu être "subie" par l'hôpital lorsque ce dernier s'est transformé en "prestataire de services pour l'industrie", et la révolution numérique, qui appelle "une réponse plus positive" du secteur hospitalier.

Enjeux de pouvoir

Car "derrière la révolution numérique, il y a un enjeu de pouvoir entre le monde académico-public d'un côté, avec ses bases nationales, et un univers de quelques acteurs qui ont comme stratégie de pouvoir prendre le pouvoir économique, parce que la santé ne représente jamais moins de 9% du PIB dans le monde des pays industrialisés", a-t-il développé.

Or, "détenir le pouvoir des outils, c'est détenir le pouvoir économique", a-t-il insisté. Pour cette raison, le directeur général de l'AP-HP a estimé "primordial" que les structures hospitalo-universitaires prennent des initiatives dans le domaine de la santé connectée.

Il a cité comme exemple le fait de "mener des évaluations académico-cliniques qui font que dans une foultitude de projets, on ne soit pas obligés d'acheter ceux qui se présentent, mais qu'on puisse dire celles et ceux qui ont une vraie plus-value pour les professionnels de santé et la puissance publique".

"C'est ce qui se joue en ce moment, et ce qui nous prend beaucoup d'énergie et de temps, car on a bien conscience que les années actuelles sont des années clés, au sens formidable du terme, mais aussi en termes de risque d'être largués et marginalisés si on s'y prend mal", a-t-il confié.

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