L'e-santé pourrait faire économiser 70 millions d'euros à l'assurance maladie (rapport)

PARIS, 8 août 2018 (TICsanté) - France Stratégie estime que l'e-santé favoriserait l'accès aux soins et pourrait permettre à l'assurance maladie d'économiser 70 millions d'euros, dans un rapport intitulé "Les bénéfices d'une meilleure autonomie numérique" remis le 12 juillet au secrétaire d'Etat chargé du numérique, Mounir Mahjoubi.

Dans ce rapport qui "cherche à identifier et quantifier les bénéfices d'une amélioration de la maîtrise des outils numériques par la part de la population française qui ne les utilise pas dans la vie courante", France Stratégie, organisme d'expertise et d'analyse prospective sur les grands sujets sociaux et économiques rattaché à Matignon, s'est penché sur la question de l'usage des nouvelles technologies en santé dans la quatrième partie du chapitre 2 intitulée "Inclusion numérique et bien-être".

Les auteurs du rapport affirment d'emblée qu'internet peut "améliorer l'accès aux soins ainsi que leur qualité et leur efficacité" et s'appuient sur un rapport du Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) paru en 2012 qui indique que près de 60% des Français se tourneraient en priorité vers internet pour rechercher des informations en santé, alors 72% feraient des recherches avant une consultation médicale et 16% favoriseraient les recherches en ligne "en remplacement d'une consultation".

La pertinence scientifique et la véracité des informations recueillies sur internet sont néanmoins questionnées et France Stratégie a rappelé que, "d'après l'Inserm, seules 42% des personnes consultant des sites web de santé vérifient la source et la date de mise à jour de l'information obtenue en ligne".

Parmi les raisons invoquées pour expliquer l'augmentation du recours aux recherches en ligne, le rapport retient le prix des consultations médicales et les délais d'obtention de rendez-vous, "causes principales de renoncement aux soins". Ainsi, entre 2012 et 2017, le délai moyen d'obtention d'un rendez-vous chez un spécialiste libéral serait passé "de 48 à 61 jours", affirment les auteurs du rapport qui jugent ces délais "préoccupants".

Pour pallier le manque de rendez-vous et les délais trop longs, le rapport met en avant "les plateformes en ligne telles que Doctolib et Mondocteur" qui permettraient en outre de "combler au plus vite les désistements afin de minimiser les pertes financières pour les médecins".

Une baisse du renoncement aux soins aurait aussi l'avantage "d'éviter les coûts induits par une intervention tardive", rappelle France Stratégie.

"L'accès à l'information en ligne pourrait également permettre à l'assurance maladie de réaliser des économies en réduisant le nombre de consultations inutiles", selon les auteurs du rapport qui s'appuie sur une étude de Murray&Al parue au Royaume-Uni en 2011, révélant que les personnes qui ont accès à internet "vont en général moins souvent chez le médecin grâce à un meilleur accès à l'information".

"Ainsi, on suppose qu'environ 30% des personnes éloignées du numérique pourraient réduire leur nombre annuel de consultations d'une unité après avoir appris à maîtriser internet, cela concernerait 4,2 millions de personnes."

France Stratégie formule l'hypothèse que si ces 30% de personnes avaient accès au numérique, cela permettrait "d'éviter une consultation par an chez un généraliste". Le rapport chiffre les économies potentielles à 35 millions d'euros pour les patients et 70 millions d'euros pour l'assurance maladie.

Pour atteindre ces sommes, l'organisme s'est basé sur le coût d'une consultation en secteur 1 (25 euros) et sur la base de remboursement de la sécurité sociale (16,50 euros) pour une population estimée à 4,2 millions de Français.

Si France Stratégie prévient que "cette hypothèse ne tient compte ni de l'accès facilité aux soins, difficile à quantifier, ni d'une meilleure mise en concurrence des praticiens, qui pourraient conduire à une baisse des prix", l'organisme a néanmoins estimé que l'e-santé permettrait une amélioration de l'accès aux soins et un service de santé plus efficient.

Rapport "Les bénéfices d'une meilleure autonomie numérique" (France Stratégie)

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