CONGRESENVOYE SPECIAL

Comment l'innovation numérique peut générer des économies à l'hôpital

(Par Raphaël MOREAUX)

PARIS, 13 juin 2018 (TICsanté) - Le fonds Recherche et innovation de la Fédération hospitalière de France (FHF) a mis en avant le 30 mai, à l'occasion de la Paris Healthcare Week, cinq outils numériques générateurs d'économies et d'efficience à l'hôpital.

Le fonds Recherche et innovation de la FHF a pour mission d'aider les établissements à promouvoir l'innovation (mise en valeur des résultats et développement de la culture et du management de l'innovation), conduire le changement et accompagner des projets innovants, rappelle-t-on.

Son directeur, Enguerrand Habran, a défendu à la Paris Healthcare Week le concept d'"innovation frugale" qui "génère des économies par l'efficience qu'elle vous apporte", notamment sur le plan organisationnel.

Il a présenté cinq outils qui ont été identifiés par le fonds comme participant à cette amélioration des processus hospitaliers et générateurs de plus-value, expliquant vouloir poursuivre cette mission d''audit" et d'"évaluation" des outils proposés par les start-up et grands groupes pour mieux répondre au besoin des établissements de santé.

Le premier dispositif présenté, intitulé Apitrak*, est un outil de géolocalisation du matériel médical à l'hôpital, qui fonctionne par la fixation de capteurs sur le matériel, communiquant leur position au logiciel Apitrak Explorer* par le réseau Wi-Fi.

Développé et mis en place dans de premiers établissements en 2016, il permet de faire gagner du temps aux infirmières pour retrouver le matériel, d'assurer de meilleurs taux d'utilisation et de mieux maîtriser ses investissements, a défendu Nicolas Bellemon, responsable du développement d'Apitrak*.

Sur un hôpital de 20 services, et en partant sur l'hypothèse de trois infirmières par service perdant chaque jour une trentaine de minutes à retrouver le matériel, Apitrak* a évalué les économies réalisées grâce à la géolocalisation à 172.000 euros par an.

Citant l'exemple de la géolocalisation des brancards, testée au sein du CH d'Annecy Genevois, Nicolas Bellemon a avancé une économie de 40.000 euros sur un parc de 100 brancards.

Il a également pointé l'intérêt de la géolocalisation pour limiter les vols de matériel, rappelant que ce type de préjudice peut coûter cher à l'établissement de santé lorsqu'il porte sur du matériel onéreux comme les échographes.

Salle d'attente connectée

Autre innovation mise en lumière par le fonds Recherche et innovation de la FHF: la salle d'attente connectée conçue par la start-up Around Innovation, dotée de tablettes tactiles.

Sur ces tablettes, les patients se connectent au programme Healthcare Active* et peuvent saisir leur "profil" (antécédents médicaux, allergies, coordonnées des proches etc.), écrire les questions qu'ils souhaiteront poser au médecin lors de la consultation, bénéficier d'informations pour leur éducation thérapeutique, et répondre à des questionnaires dans l'optique de participer à des essais cliniques.

Dr Gérald Valette, chirurgien ORL fondateur de la start-up Around Innovation, a estimé que ces saisies de données dès la salle d'attente permettaient de "faire gagner 25% du temps de consultation" pour des consultations qui durent "entre 45 minutes et une heure". Cela se traduit par des gains en nombre d'actes réalisés sur la journée, a-t-il noté.

Il a comparé ces gains à des coûts d'installation "inférieurs à 20.000 euros" pour 6 sièges dotés de tablettes, et une maintenance de 1.080 euros par an. Une preuve de concept (PoC) du dispositif a été réalisée à l'hôpital d'instruction des armées (HIA) Clermont-Tonnerre (Brest).

Le cofondateur de la société Sil-Lab innovation, Serge Payeur, a pour sa part présenté son laboratoire de biologie médicale mobile. Il s'agit d'une plateforme web et application smartphone intitulée P-A-D*.

Utilisée par les infirmiers libéraux, elle permet de sécuriser et d'optimiser les prélèvements réalisés à domicile, en envoyant en temps réel au laboratoire d'analyse la fiche d'identité patient, la photo de l'ordonnance, le nom du préleveur, la date, l'heure et le lieu du prélèvement.

Déjà utilisé pour des prélèvements réalisés auprès de 500.000 patients, cet outil permet de "gagner plusieurs heures sur la phase pré-analytique, et une heure sur la phase analytique", a indiqué Serge Payeur, s'appuyant sur les résultat d'une étude menée auprès de laboratoires privés utilisateurs.

Numérisation du secrétariat et de la gestion des remplacements

Plus classiques et connus des établissements de santé, le fonds Recherche et innovation a également mis en avant les plateformes de numérisation du secrétariat médical avec Keldoc* (MNH Group), qui propose plusieurs services de la prise de rendez-vous en ligne à la transmission d'information avec la ville.

Son cofondateur Nicolas Douay a souligné les retours sur investissement "assez forts" permis par ces services en termes de diminution des consultations non honorées, d'envoi de courriers et de gain de temps pour les secrétariats. Keldoc* est notamment utilisé dans le groupement hospitalier de territoire (GHT) du Val de Marne.

Une autre innovation qui prend de l'ampleur, avec un marché de plus en plus concurrentiel, est la gestion numérique des absences et remplacements à l'hôpital. Invité à témoigner par le fonds de la FHF, le cofondateur de la plateforme Whoog*, Guerric Faure, a indiqué que son outil était utilisé dans 500 établissements de santé, dont "30% des CHU".

Il vise à simplifier la gestion des absences et des remplacements et à "éviter le temps perdu à passer des coups de fil pour trouver des remplaçants", a-t-il expliqué (voir dépêche TICsanté du 23 juin 2017).

La rentabilité du dispositif pour les hôpitaux va "d'une centaine d'euros jusqu'à quelques milliers par mois pour un grand établissement", a-t-il estimé. Au global sur l'ensemble des structures où Whoog* est utilisé, Guerric Faure a avancé un montant de "2,4 millions d'euros de temps médical économisé" depuis le lancement du service.

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