CONGRES

La "vraie plus-value" des GHT réside dans l'informatisation "cohérente" entre établissements

(Par Raphaël MOREAUX, aux Journées du Mipih)

BIARRITZ, 4 décembre 2017 (TICsanté) - Le directeur du CH de Saint-Lô, Thierry Lugbull, a estimé le 30 novembre aux Journées du groupement d'intérêt public Midi Picardie informatique hospitalière (Mipih) que la "vraie plus-value" des groupements hospitaliers de territoire (GHT) était la mutualisation de la fonction informatique, qui permet d'avoir des "systèmes d'information cohérents" entre établissements.

Thierry Lugbull est intervenu à la suite d'une table ronde organisée par le Mipih sur le thème: "L'an II des GHT: les acteurs du territoire".

Il a estimé que la mutualisation et la convergence des systèmes d'information (SI) dans les GHT allaient permettre de répondre à l'objectif principal de la réforme, à savoir de "fluidifier le parcours patient".

"D'où la problématique des GHT très gros où l'on a oublié que la finalité était de voir si l'on pouvait travailler ensemble sur ce parcours, et s'il y avait bien un lien naturel déjà existant entre les patients des différents établissements", a-t-il ajouté.

Un SI "cohérent" et un numéro d'identification unique du patient doit selon lui permettre d'augmenter la "rapidité des soins", et d'"éviter les redondances d'examens".

Concernant la mutualisation de la fonction achats dans les GHT, Thierry Lugbull s'est montré très sceptique sur le fait qu'elle permette de faire "de grosses économies", notamment car les établissements publics avaient déjà entamé cette mutualisation en se tournant vers des groupements d'achats tels que UniHA ou le Resah.

A moins d'aller plus loin dans la réforme, et de fusionner les établissements parties d'un groupement, ce qui aurait "un coût social, politique et médical" que le paysage hospitalier "n'est pas prêt d'accepter", a-t-il noté.

Un deuxième avantage des GHT selon Thierry Lugbull est la capacité à se doter d'une "équipe médicale de territoire", qui fonctionne justement avec des outils informatiques harmonisés.

Mais "le directeur d'hôpital public n'a pas d'autorité sur les médecins" et "ne peut que les inciter à aller dans d'autres établissements du GHT", a-t-il souligné.

Il a appelé à trouver de nouveaux modes d'incitation pour favoriser la mobilisation des équipes de territoire, et à engager une "plus grande collaboration" entre établissements publics et privés, ainsi qu'avec la médecine de ville.

"Tant qu'on n'aura pas résolu les difficultés des équipes mobiles et de l'informatisation, on restera au milieu du gué des GHT. Ce ne sont pas les achats qui vont donner forme aux GHT", a-t-il épinglé, suscitant les applaudissements des personnels hospitaliers et directeurs de systèmes d'information (DSI) assistant aux Journées du Mipih.

Thierry Lugbull a également regretté que la réforme ne soit pas allée "jusqu'au bout" en ne dotant pas le GHT d'une véritable personnalité juridique.

Répondant à cette préoccupation, Alexandre Mokede, responsable du pôle organisation sanitaire de la Fédération hospitalière de France (FHF), a expliqué qu'au moment de la réforme, les ministères économiques et financiers de Bercy avaient craint l'émergence d'une structure supplémentaire, "sorte de super GCS [groupement de coopération sanitaire] qui n'aurait pas permis de rationaliser l'offre de soins".

Ce qui a conduit à privilégier la solution d'une délégation de compétences à l'établissement support du GHT, a-t-il reconnu.

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