L'informatique encore peu utilisée pour la prise de décision stratégique dans les hôpitaux

PARIS, 13 novembre 2017 (TICsanté) - Les systèmes d'information sont encore peu utilisés par les directions des établissements de santé pour la prise de décision stratégique, selon une étude réalisée dans le cadre du programme de recherche sur la performance du système de soins (Preps), présentée le 9 novembre lors d'un colloque organisé par l'Agence nationale d'appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap).

Cette étude a été présentée par Christophe Pascal, directeur de l'Institut de formation et de recherche sur les organisations (Ifross) à l'université Jean-Moulin Lyon 3.

L'Ifross fait partie du consortium e-SIS (Evaluation en systèmes d'information de santé), retenu dans le cadre du Preps et de l'appel à projets lancé en 2012 par la direction générale de l'offre de soins (DGOS) pour évaluer la création de valeur permise par l'usage des systèmes d'information de production de soins (Sips) (voir dépêche du 29 mai 2012).

Christophe Pascal est intervenu dans le cadre du colloque "Investir dans les systèmes d'information en santé: quels apports? Quelle évaluation?", organisé par l'Anap à l'Institut de cardiologie de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP, Paris), à l'occasion de la clôture du programme Preps-Sips, qui a mobilisé une dizaine d'équipes de recherche françaises dans différents établissements de santé pendant près de cinq ans.

L'Ifross s'est attaché à évaluer la capacité du système d'information (SI) à être utilisé pour la prise de décision stratégique, à partir d'un questionnaire auquel près de 200 établissements de santé, principalement publics (80%), ont répondu.

Selon les résultats exposés par Christophe Pascal, seuls 12% des répondants ont déclaré utiliser systématiquement l'informatique pour la prise de décision alors qu'un tiers a indiqué ne jamais avoir eu recours au SI dans ce cadre.

Lorsque des indicateurs sont mobilisés dans la prise de décision, il s'agit d'indicateurs "assez frustres", a noté Christophe Pascal, citant principalement le taux d'occupation des lits, le nombre d'entrée et la durée moyenne de séjour (DMS) des patients à l'hôpital.

Il a toutefois souligné que, lorsque le SI est utilisé pour la prise de décision, les utilisateurs y voient une certaine valeur ajoutée. "Ces missionnaires du système d'information d'aide à la décision stratégique qui utilisent beaucoup l'informatique sont peu nombreux mais très satisfaits du service rendu", a-t-il observé.

Il ressort des résultats de l'étude menée par l'Ifross que les "lieux d'échanges et les instances avec les collègues" restent les espaces privilégiés pour aider à la prise de décision dans les établissements de santé.

"Malgré la sophistication des SI, on est encore dans un schéma où l'échange entre pairs, les liens informels, prévalent par rapport à des informations plus rationnelles et structurées qui pourraient émerger de l'informatique", a relevé Christophe Pascal.

Les équipes de l'Ifross s'attachent à présent à déterminer si les établissements les plus avancés dans leur informatisation sont également ceux où les utilisateurs du SI sont les plus nombreux, et où les usages sont les plus intensifs.

Christophe Pascal a invité en conclusion de sa présentation à s'interroger sur la définition même du terme de "stratégie" dans les établissements de santé.

"Dans un environnement régulé, on n'éprouve pas la nécessité d'aller questionner la dimension de la stratégie, car on estime que la façon la plus sûre de construire cette stratégie, est de reprendre grosso modo celle du voisin", a-t-il appuyé.

"On voit notamment que les indicateurs qui portent sur l'environnement socio-économique d'un hôpital, les flux à l'extérieur de l'établissement, sont parmi les moins consultés, et sont souvent peu calculés en interne. Cela pose des question sur la nature de la stratégie hospitalière, et ce qu'on en attend", a-t-il ajouté.

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