L'appli mobile Globule* au secours de la coordination des soins dans les Landes

(Lauréat du concours APMnews de la meilleure idée de reportage)

(Par Raphaël MOREAUX)

YGOS SAINT-SATHURNIN (Landes), 25 septembre 2017 (TICsanté) - Le Dr Louis Hiollet, médecin généraliste, a partagé avec TICsanté, au cours d'une journée de visites à domicile, l'intérêt de l'application mobile Globule* déployée dans le cadre du programme Territoire de soins numérique (TSN) afin d'assurer une meilleure coordination des soins autour des patients souffrant de pathologies complexes dans le département des Landes.

Ce mercredi du mois d'août, lorsqu'il arrive à midi à Saint-Yaguen, village landais de quelque 600 âmes, pour une consultation à domicile, le Dr Hiollet dispose déjà des informations les plus récentes sur l'état de santé de sa patiente, Mme A.

Il a reçu le matin-même une notification à son sujet sur l'application mobile Globule* dont il dispose depuis près de deux ans sur son téléphone portable.

L'infirmière de la plateforme territoriale d'appui (PTA) Santé Landes, chargée du suivi de Mme A., lui a indiqué via la messagerie de l'application que la patiente s'est plainte d'importants maux de ventre et de vomissements pendant la nuit.

Diabétique, souffrant d'une inflammation de la rate, du pancréas, et de troubles psychiatriques, Mme A. présente un profil qui nécessite un suivi très régulier de sa santé et qui a motivé son intégration à la PTA Santé Landes dont l'objectif est d'assurer le maintien à domicile et la coordination des soins sur des cas dits complexes.

Le Dr Hiollet utilisant Globule lors d'une visite à domicile
La consultation sera rapide. Après auscultation, le Dr Hiollet demande une hospitalisation et la réalisation d'un scanner de l'abdomen, et c'est à nouveau via l'application Globule* qu'il transmet l'information aux autres professionnels de santé qui agissent au chevet de Mme A. et à la PTA.

"L'application est faite pour le patient qui devient réellement, grâce à elle, le centre du soin", a expliqué à TICsanté le Dr Louis Hiollet, qui effectue chaque semaine des visites à domicile dans un triangle compris entre les villes landaises de Morcenx, Castets et Mont-de-Marsan.

"Le patient est comme un avion de ligne: tous ceux qui s'en occupent, professionnels de santé, paramédicaux, services sociaux et autres, sont des aéroports. Et la langue internationale utilisée entre tous les aéroports pour savoir où en sont les avions, c'est Globule*!", a-t-il illustré.

De fait, l'outil numérique développé par l'éditeur Ki-Lab et Capgemini, et déployé dans le cadre du programme TSN en région Nouvelle Aquitaine (voir dépêche du 8 décembre 2016), est présenté par l'agence régionale de santé (ARS) comme un "logiciel collaboratif destiné à la coordination des parcours de santé".

Au sein de la PTA Santé Landes, chaque patient est suivi par un binôme formé d'une infirmière et d'une assistante sociale ou d'une conseillère économique et sociale (voir dépêche du 23 mai 2016).

Le patient est régulièrement appelé par ce binôme, qui l'aide dans ses démarches administratives et assure un lien, notamment via Globule*, avec les professionnels médicaux, paramédicaux ou sociaux, qui agissent à son chevet.

"Je ne me sens plus seul au travail"

De retour dans sa voiture, le premier réflexe du Dr Hiollet est de remettre en place son smartphone, accroché à côté de son volant, pour y avoir accès facilement sur le trajet de sa prochaine visite.

TSN Landes Globule

A peine installé, le téléphone sonne à nouveau et fait apparaître une notification sur Globule*: une infirmière qui termine son passage au domicile d'un patient vient d'envoyer au médecin la photo d'une tubulure de sonde urinaire.

Le verdict du généraliste est direct: "Il va falloir que je change mon heure de visite à son domicile pour lui prescrire des antibiotiques avant que la pharmacie ne ferme".

En quelques secondes, le lien de communication établi avec l'infirmière via l'application mobile permet d'adapter le planning du médecin pour que le patient concerné dispose des médicaments nécessaires au plus vite.

"Avec Globule*, je ne me sens plus seul au travail", a témoigné le Dr Hiollet, soulignant l'intérêt d'un tel outil pour "gagner du temps", "rentabiliser [ses] déplacements", "renforcer le lien de confiance entre infirmières et médecins" ou encore assurer "une traçabilité des informations médicales".

Et ce lien ne se limite pas aux seules infirmières ou aux services sociaux. Depuis le début de l'année 2017, des travaux d'intégration ont permis aux utilisateurs de Globule* d'accéder au dossier patient informatisé (DPI) M-Crossway*, utilisé au centre hospitalier (CH) de Mont-de-Marsan (voir dépêche du 27 février 2017).

"Cela nous permet d'avoir plus rapidement des informations sur nos patients hospitalisés", a souligné le Dr Hiollet, non sans lever les yeux au ciel en se souvenant du temps nécessaire auparavant pour accéder aux comptes rendus d'hospitalisation.

Sécuriser les échanges pour la coordination des soins

Agé de 63 ans et exerçant depuis 35 ans à Ygos-Saint-Sathurnin, le Dr Hiollet ne se dit "pas spécifiquement fan" de l'informatique et des nouvelles technologies, même s'il fait partie des médecins généralistes "très disponibles" pour leurs patients et "joignables en permanence par téléphone".

A l'automne 2015, c'est une infirmière avec qui il travaille régulièrement qui lui propose de télécharger et de créer un compte sur Globule*. "Auparavant, on communiquait le plus souvent par SMS. On s'envoyait des photos de plaies, des informations sur ce qui avait été fait lors des dernières visites", s'est rappelé le médecin.

Mais ces échanges sont loin d'être sécurisés comme l'exige tout partage d'informations de santé, alors le généraliste accepte de tenter l'expérience de l'application mobile.

Au départ, il découvre un logiciel "un peu brut de fonderie". "Des dizaines de réunions" entre les unions régionales de professionnels de santé (URPS), l'ARS et l'éditeur ont peu à peu permis de faire remonter des demandes d'évolutions de l'outil.

Le Dr Louis Hiollet a expliqué à APMnews avoir "apprécié" de prendre part à ce projet. "Arriver en fin de parcours de médecin et se sentir impliqué dans la création d'un tel outil donne du sens à ce que l'on fait", a-t-il relevé.

Visuellement, l'application se présente sur le smartphone du Dr Hiollet comme un carnet de contacts listant tous les patients -une centaine- qu'il suit avec Globule*.

En sélectionnant un patient, il accède à un menu qui permet de consulter sa "fiche d'identité", le "journal" des échanges qui ont eu lieu entre professionnels à son propos, des "documents" du type ordonnance ou compte rendu d'hospitalisation, ses traitements, son programme personnalisé de soins (PPS), ses constantes et un planning.

Médecins et structures réfractaires

A chaque fois qu'il le souhaite, le médecin peut créer une note textuelle, vocale, ou prendre une photo, et choisir de la partager avec une infirmière à domicile, les binômes de la PTA Santé Landes, des personnels hospitaliers ou des services non médicaux lorsqu'il ne s'agit pas d'informations qui relèvent du secret médical.

Le médecin prend en photo la plaie d'une résidente en Ehpad

Pour chaque message, il peut choisir un code couleur (vert, jaune ou rouge) en fonction de son importance. Même si Globule* n'est pas un outil de traitement de situations d'urgence, le Dr Hiollet sait que la réception d'un message rouge indique "un besoin d'avis immédiat". Le médecin prend en photo la plaie d'une résidente en Ehpad

Mais l'efficacité de l'outil restent freinée par les difficultés à le déployer à tous les professionnels du département des Landes. Il reste par exemple une "zone de médecins réfractaires à Mimizan", a expliqué le Dr Hiollet, qui a déploré les "batailles" à mener auprès de certains professionnels de santé pour les équiper.

"Certains ont peur du flicage, d'autres se disent 'j'ai fait avec ma méthode pendant des années, pourquoi je changerais maintenant'?", a-t-il rapporté.
Et les difficultés sont similaires auprès des structures de santé.

Ce jour du mois d'août où TICsanté l'a suivi dans sa tournée de visites, le Dr Hiollet s'est rendu à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de la résidence de Mâa, à Rion-des-Landes, alors qu'il aurait pu l'éviter.

"Je suis obligé de faire 30 kilomètres parce que la direction de l'Ehpad est réfractaire à utiliser Globule*. Tout ça pour vérifier un pansement, ce qu'aurait pu faire une infirmière, qui m'aurait ensuite tenu informé sur l'application", a-t-il pointé, jugeant, avec philosophie, que ceux qui freinent aujourd'hui des quatre fers "seront bien obligés de prendre le train en marche un jour".

Le "hic" des zones blanches

Capture d'écran Globule
Après l'Ehpad de Rion-des-Landes, retour aux visites plus classiques, avec à chaque fois, l'application mobile à portée de doigts. Tantôt elle sera utilisée pour saisir l'INR (International Normalized Ratio) et le taux de prothrombine (TP) d'un patient, tantôt elle servira à prendre en photo une ordonnance et à la placer dans l'historique du patient.

Sur le trajet entre deux visites, les notifications se suivent: la PTA Santé Landes a averti le Dr Hiollet qu'une demande d'admission en Ehpad a été faite pour l'une de ses patientes, et qu'il devra prochainement remplir la partie médicale de cette demande.

Autre notification, autre situation et nouveau message: cette fois-ci c'est un pharmacien du département qui a alerté le médecin sur une discordance de prescription d'un médicament entre une ordonnance du généraliste et celle du psychiatre d'une patiente.

En jetant un oeil à l'ordonnance enregistrée dans l'historique de Globule*, le Dr Hiollet a pu réagir rapidement en ajustant la posologie indiquée.

"Les usages de l'application se structurent petit à petit. Chaque jour je forge mon utilisation et y trouve de nouveaux intérêts", a expliqué le généraliste.

Et puis tout s'arrête. Arrivé au village de Geloux (721 habitants, au nord de Mont-de-Marsan), le Dr Hiollet vient d'entrer dans une zone blanche. Aucun réseau n'est disponible pour se connecter à l'application Globule*.

Ici, pas de coordination des soins possible via l'outil mobile, à moins de noter sur un bout de papier les informations essentielles, pour les saisir, plus tard, sur l'application, quand la voiture du médecin repassera par une zone où la connexion est disponible.

Un "hic" bien identifié par le Dr Hiollet, qui ne perd pas pour autant l'espoir de voir les usages de Globule* se multiplier, et s'étendre au-delà des frontières des Landes.

Utilisateurs et usages de l'application mobile Globule*
Plus de 250 médecins libéraux, principalement des généralistes, sont équipés de l'application. 350 infirmiers l'utilisent quotidiennement. Quatre services du CHU de Bordeaux sont équipés (médecine interne, rhumatologie, pneumologie, immunologie).
En coordination avec médecins et infirmières, 13 pharmaciens des Landes ont expérimenté une nouvelle fonctionnalité de Globule* pour assurer la conciliation médicamenteuse, directement depuis l'application.
Plus de 2.000 patients ont été suivis sur Globule* depuis le lancement de l'application, avec une file active supérieure à 1.000 patients.
L'ARS Nouvelle Aquitaine a multiplié en 2017 les rencontres auprès des services de soins infirmiers à domicile, des conseils départementaux, des centres communaux et intercommunaux d'action sociale (Ccias), des centres locaux d'information et de coordination (Clic) et de services d'aide à domicile pour leur présenter l'application.
Environ 60% des demandes de prise en charge de patients par la PTA Santé Landes sont réalisées par des médecins généralistes, 20% à l'initiative des patients, et 20% par des établissements de santé.
Contactée par TICsanté, l'ARS Nouvelle Aquitaine a indiqué réfléchir à la généralisation des outils numériques de coordination des soins sur l'ensemble de la région "dans un horizon de trois ans".

Ce sujet est l'un des lauréats de la meilleure idée de reportage de l'édition 2017 du concours organisé par APMnews. Le jury était composé de représentants de la Fédération hospitalière de France (FHF), de la Fédération des établissements hospitaliers et d'aide à la personne privés non lucratifs (Fehap) et de la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) (respectivement David Gruson, Yves-Jean Dupuis et Lamine Gharbi) ainsi que du Dr Francis Fellinger de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de 3 journalistes d'APMnews et de Gerontonews.

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