Les promesses de l'intelligence artificielle en médecine examinées par la mission Villani

PARIS, 12 septembre 2019 (TICsanté) - Le mathématicien et député LREM de l'Essonne, Cédric Villani, a indiqué le 8 septembre à TICsanté que la santé et la médecine feront partie des domaines "extrêmement examinés" dans le cadre de la mission que Matignon lui a confiée sur le développement de l'intelligence artificielle (IA).

Le lancement officiel de cette mission visant à définir une stratégie nationale et européenne en matière d'intelligence artificielle a eu lieu le 8 septembre au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) en présence du premier ministre, Edouard Philippe, de la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, Frédérique Vidal, et de Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat chargé du numérique.

Edouard Philippe a cité à cette occasion la médecine prédictive parmi les domaines dans lesquels l'intelligence artificielle "offre de nombreuses applications".

"L'aide au diagnostic" figure aussi dans les usages de l'IA cités dans la lettre de mission adressée par Matignon à Cédric Villani.

Dans son discours au Cnam, le premier ministre a souligné que la France avait "une très belle carte à jouer" dans l'intelligence artificielle grâce à "cinq atouts maîtres": son vivier de start-up spécialisées, l'excellence de sa recherche en mathématiques, l'existence de bases de données "de très grande qualité", notamment dans "des secteurs comme la santé ou l'énergie", et la présence en France de grands groupes de conseils en services numériques et d'industriels considérés comme des références dans leur secteur.

La mission qu'il a confiée à Cédric Villani doit conduire à la remise d'un rapport en janvier 2018 comprenant des recommandations afin de "fixer les axes d'une stratégie publique claire et assumée" pour l'intelligence artificielle, a précisé Edouard Philippe.

Il s'agit en particulier d'"affiner" et d'"approfondir" le travail déjà réalisé entre janvier et mars 2017 par le plan #FranceIA lancé par le précédent gouvernement, détaille la lettre de mission du député Villani.

Ce plan avait réuni plus de 500 chercheurs, entrepreneurs, universitaires au sein de groupes de travail qui avait émis une soixantaine de recommandations pour mettre en valeur et développer la filière française de l'intelligence artificielle, rappelle-t-on.

Séance spéciale de l'académie de médecine en novembre

Interrogé par TICsanté lors d'un point presse suivant la remise de sa lettre de mission, Cédric Villani a assuré que "les auditions ne manqueront pas" en matière de recours à l'intelligence artificielle dans le domaine de la santé.

Des médecins, des start-up, des chercheurs "soit dans la modélisation, soit dans l'étude des grandes données" seront auditionnés dans le cadre de la mission, et "une séance spéciale de l'académie de médecine aura lieu sur ce sujet en novembre", a-t-il précisé.

"L'intelligence artificielle s'invite à chaque fois que l'on cherche à avoir une réponse algorithmique qui soit, disons, personnalisée, qui apprenne, qui s'appuie sur l'expérience et qui aille au-delà des règles telles qu'elles sont connues", a-t-il déclaré. "Et, dans le cadre de la médecine, où l'on cherche à avoir l'émergence d'une médecine de précision, personnalisée, c'est extrêmement important", a-t-il ajouté.

Cédric Villani a rappelé à ce sujet avoir co-animé en 2017 un groupe de travail conjoint entre l'académie de médecine et l'académie des sciences sur le thème "mathématiques, grandes données et médecine".

Des outils plus ou moins matures

Face aux doutes exprimés sur la maturité technologique de l'intelligence artificielle, et sur sa fiabilité lorsqu'il s'agit de l'appliquer à la médecine, le député mathématicien lauréat de la médaille Fields en 2010 a rappelé que "l'intelligence artificielle recoupe beaucoup d'outils et de technologies différentes".

"Sur certains sujets, ces technologies sont matures, sur d'autres elles ne le sont pas, [mais] en tous les cas elles progressent", a-t-il noté.

"Déjà des start-up se sont montées autour d'applications médicales, et déjà des cas dans lesquels un diagnostic automatique s'est révélé pertinent et surprenant sont recensés", a-t-il souligné, citant l'exemple de la détection automatique de tumeurs.

Cédric Villani s'appuiera pour cette mission sur l'expertise de Marc Schoenauer, directeur de recherche à l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria).

Il travaillera aussi avec le Conseil national du numérique (CNNum), la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) et France Stratégie, et s'appuiera sur les travaux déjà réalisés sur le sujet, comme le rapport de l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) publié en mars dernier.

La mission est prévue sur "un calendrier resserré" avec la remise d'un rapport à mi-parcours dès le mois de novembre, a indiqué Cédric Villani.

Lettre de mission de Cédric Villani sur l'intelligence artificielle

rm/ab