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04/09/2017   Envoyer par mail Imprimer   Aucun commentaire
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Une université des déserts médicaux et numériques pour en finir avec "l'edge et le néant"

LUCENAY-LES-AIX (Nièvre), 4 septembre 2017 (TICsanté) - Expert, chargé de cours et consultant en e-santé, c'est à titre de "citoyen et habitant d'une zone rurale" que Guillaume de Durat organise les 8 et 9 septembre une université des déserts médicaux et numériques afin d'alerter sur la situation de régions coincées entre "l'edge et le néant", a-t-il expliqué à TICsanté.

"Appuyer là où ça fait mal" pour susciter une prise de conscience des acteurs de santé, des opérateurs et fournisseurs d'accès, et des politiques, sur la "double peine" imposée à certains citoyens français: la difficulté d'accès aux soins, et la faiblesse du réseau mobile et internet. Voilà l'objectif de cette université détaillé par Guillaume de Durat.

"Depuis plusieurs années on assiste à une forte évolution de l'e-santé et de la santé connectée. Les colloques sur le sujet se multiplient, on y voit se développer des choses de plus en plus pertinentes pour l'hospitalisation à domicile, les soins de suite, l'aide au diagnostic, la formation à distance des professionnels… Ce qu'on a juste oublié c'est que sans réseau, la santé numérique, ça fait flop", a-t-il épinglé.

Pour prendre le contre-pied de ces évènements sur l'e-santé organisés dans les palais des congrès des mégalopoles connectées, il a décidé d'inviter tous les acteurs concernés chez lui, à la frontière des départements de la Nièvre et de l'Allier, et des régions Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes.

"Je veux montrer ce qu'est la limite d'un territoire, éloignée des deux agences régionales de santé (ARS), où même la gendarmerie et les pompiers ne savent pas où s'arrêtent exactement leurs sphères d'intervention", a-t-il souligné, expliquant vouloir "casser cette logique de territoires" et privilégier "l'égalité d'accès aux soins".

Au cours des deux journées de l'université, plusieurs témoignages de professionnels de santé, d'élus, et de représentants d'hôpitaux et de cliniques, insisteront sur les progrès permis par la prise en charge à distance des patients, le foisonnement des dispositifs connectés de santé, et la difficulté à y avoir recours dans les zones grises ou blanches, où l'accès au réseau est restreint, voire inexistant.

Car "manque de bol, quand on superpose les cartes, on s'aperçoit que là où il n'y a pas de médecin, il n'y a pas de réseau non plus !", a noté Guillaume de Durat.

Télémédecine pour la prise en charge et le suivi des plaies et des cicatrisations, télésurveillance du diabète, de l'insuffisance cardiaque ou rénale, accès à des spécialistes éloignés du lieu de résidence des patients grâce à la visio-conférence… Même le virage ambulatoire ou les groupements hospitaliers de territoire (GHT), piliers de la politique mise en place par la précédente ministre chargée de la santé, Marisol Touraine, peuvent pâtir des difficultés de connexion à un réseau pour faire circuler l'information entre professionnels de santé.

Contexte politique

Cette université intervient dans un contexte d'annonces politiques fortes, à la fois sur le thème de la lutte contre la désertification médicale et sur celui du raccordement de l'ensemble du territoire national au réseau.

La ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, a annoncé début juillet, dans sa feuille de route adressée à Matignon, "un plan d'action de grande ampleur" sur la démographie médicale (voir dépêche du 7 juillet 2017).

En parallèle, le gouvernement s'est réuni cet été pour faire le point sur le plan France Très Haut Débit (France THD) formalisé sous le précédent quinquennat, et fixant à 2022 le délai pour doter 100% des foyers du très haut débit.

"Le très haut débit c'est bien, mais moi je suis à 6 kilomètres d'un village, et je sais que je ne pourrai jamais avoir le raccordement à la fibre optique, matériellement ce n'est pas possible. Il y a des villages autour de moi qui n'ont même pas l'ADSL !", s'est indigné Guillaume de Durat.

"Je me fiche d'avoir le débit le plus rapide, ce que je veux, c'est au moins pouvoir utiliser des appareils connectés pour transmettre des informations à mon professionnel de santé ou consulter les communautés de patients sur internet", a-t-il poursuivi.

Des "solutions pragmatiques"

Le seul opérateur ayant répondu favorablement à l'invitation de Guillaume de Durat à l'université des déserts médicaux et numériques, Orange, aura l'occasion d'expliquer ce qu'il peut faire pour assurer un minimum de réseau à des actions et services prioritaires.

"Il existe des systèmes d'interopérabilité pour passer d'un opérateur à un autre dans les zones tendues, un peu comme quand on fait le 112. On peut aussi accorder des priorités à certaines applications mobiles de santé pour accéder à la bande passante. Nous attendons des solutions pragmatiques", a détaillé Guillaume de Durat.

Il espère accueillir à l'université une centaine de participants, et prévient d'ores et déjà qu'il faut agir et se mobiliser "dès maintenant". "Ce serait dramatique en termes d'image de la France que je fête un jour les 5 ans de l'université des déserts médicaux et numériques", a-t-il relevé.

Une pétition a été lancée en parallèle sur le site change.org pour soutenir l'évènement et inciter les pouvoirs publics à agir.

Le site de l'université des déserts médicaux et numériques

rm/ab

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